A Detroit, le service municipal coupe l’eau des pauvres

Le service municipal de l’eau de Detroit est exposé à une baisse rapide de ses fournitures d’eau, et donc de ses revenus, du fait d’une crise économique qui n’a fait que prendre davantage d’ampleur ces dernières années. Pour y faire face, il a adopté une politique drastique que l’on a du mal à concevoir de la part d’une entreprise municipale d’un pays développé : couper l’eau aux ménages les plus pauvres. Plusieurs dizaines de milliers de résidences sont concernées.

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photo Trey Campbell, creative commons
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L’article du portail états-unien Circle of Blue qui expose cette situation est lisible ici : In Detroit, no money, no water.

La baisse drastique des consommations d’eau à Detroit s’explique par la désindustrialisation et la dépopulation de la ville, qui a perdu un million d’habitants depuis 1950 et continue à en perdre 10 000 annuellement. Pour faire face à ses coûts fixes, au remboursement de sa dette et à ses obligations environnementales, le service municipal de l’eau n’a cessé d’augmenter ses tarifs depuis plusieurs années. (L’article de Circle of Blue signale que même après ces augmentations, l’eau de Detroit reste parmi les moins chères des grandes villes des Etats-Unis, le prix initial de l’eau étant remarquablement bas.)

Et ce même service municipal n’a pas hésité à pratiquer une politique brutale de coupure de l’eau à tous ceux qui ne pouvaient plus payer. (Le taux de chômage est de 17% à Detroit.)

Les ménages qui voient leur eau coupée (42 000 résidences n’avaient plus de connexion au réseau municipal en 2005) doivent recourir à des moyens de fortune pour recevoir de l’eau. Parmi les exemples cités : l’utilisation d’un tuyau d’arrosage venant de la maison du voisin...

La réponse des autorités de Detroit (qui ont tout de même lancé un programme visant à réduire le nombre de ménages déconnectés) est d’en appeler à une relocalisation et une reconcentration des habitants de Detroit. L’un des problèmes en effets est que la ville est restée aussi étendue qu’elle l’était quand elle avait un million d’habitants de plus, avec pour conséquence de vastes zones peu peuplées qui se traduisent en coûts d’opération et de maintenance très élevés pour le réseau municipal.

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photo lessismoreorless, creative commons
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Les problèmes rencontrés par Detroit ne sont que la manifestation la plus extrême de difficultés que connaissent de nombreuses collectivités aux Etats-Unis, où la consommation d’eau est en chute libre en raison de la crise économique (fermetures ou réduction d’activité d’entreprises qui consommaient l’eau, mesures d’économies chez les autres entreprises et chez les particuliers, atonie du marché immobilier, dépopulation de certaines villes). Les services de l’eau se trouvent donc obligés d’augmenter leurs tarifs, au risque de pénaliser davantage les ménages et les entreprises, et d’alimenter un cercle vicieux.

Associated Press a récemment publié une dépêche très intéressante sur ce phénomène. Lire aussi Etats-Unis : la baisse des consommations d’eau pose des problèmes de financement et de fonctionnement des réseaux.

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