À Tripoli, le nouveau pouvoir libyen confronté au manque d’eau

Alors que les combats cessaient peu à peu dans la capitale libyenne, le Conseil national de transition (CNT) se trouvait confronté à l’un des premières épreuves de la reconstruction du pays : la rupture de l’approvisionnement en eau de Tripoli.

[MISE À JOUR : Le lundi 5 septembre, le CNT annonçait avoir repris contrôle de la ’Great man made river’ et que 70% de l’approvisionnement en eau de Tripoli était assuré. Voir cette dépêche d’Associated Press.]


70% du centre de Tripoli (métropole de 2 millions d’habitants) serait sans eau courante, alors que la température dépasse les 30 degrés. Les mosquées et l’aide internationale sont mobilisés pour distribuer des bouteilles d’eau. Les banlieues seraient moins vulnérables en raison de la pratique répandue de récolte des eaux de pluie pour la boisson et les autres usages.

Certains représentants du Conseil national de transition accusent les kadhafistes de saboter les infrastructures pour assoiffer la capitale et déstabiliser le nouveau régime. Les rumeurs d’empoisonnement de l’eau vont bon train dans la population. D’autres assurent qu’il s’agit avant tout d’un problème technique.

Même s’il semble bien y avoir un effort délibéré du reste des forces khadafistes pour couper l’eau, la crise que connaît Tripoli est en fait due à une multiplicité de causes - sabotages, coupures de courant qui ont mis les pompes à l’arrêt, absence du personnel de maintenance... - dues à la situation de guerre. Surtout, certains noeuds cruciaux de l’approvisisionnement de Tripoli via la great man-made river, l’immense canalisation qui amène vers la côte les eaux souterraine du Sud libyen, restaient (le 29 août) sous le contrôle des forces loyales au colonel Kadhafi.

Cet article (en anglais) du quotidien emirati The National propose la meilleure synthèse sur la question : http://www.thenational.ae/news/worl...

Lire aussi ici en français (AFP) et, en anglais, et en anglaids ici et ici (Guardian), ainsi qu’ici (NY Times).

Cette dépêche de l’Associated Press suggère également une stratégie concertée des forces loyalistes pour couper l’accès à l’eau.

Voir aussi ce reportage d’Al Jazeera :

Dans le monde arabe, la capacité du gouvernement à assurer l’approvisionnement en eau de la population constitue un test essentiel de sa légitimité.

On rappellera que la Libye est un pays essentiellement désertique si ce n’est pour un mince bande littorale. Le régime du colonel Kadhafi a tenté de répondre aux besoins de la population et du secteur agricole en construisant un gigantesque canal souterrain pour amener vers la côte méditerranéenne l’eau du Grand Aquifère Nubien, l’une des plus grandes nappes souterraines du monde située sous le désert du Sahara et partagée par la Libye avec, notamment, son voisin algérien. Ce méga-projet, qui représente près de 3000 kilomètres de canalisation, a souvent été ridiculisé par les détracteurs de Kadhafi, et présenté comme un monument d’inefficacité, mais il semble qu’au final les résultats obtenus soient honorables.

Au plus fort de la guerre, la question de l’accès à l’eau avait fait l’objet de manoeuvres tactiques, les rebelles accusant le régime kadhafiste de chercher à couper l’eau aux zones qu’ils tenaient, tandis que ce dernier dénonçaient les dangers que leurs bombardements et ceux de l’OTAN faisaient courir aux canalisations qui alimentaient la côte (L’OTAN a indiqué de son côté que les forces khadafistes avaient utilisé un tronçon inutilisé de la great man-made river pour stocker des armes, qu’ils ont détruites au cours d’un bombardement.) On lira à ce sujet cet article en anglais d’Inter-Press Service (IPS).

Certains pensent même que c’est en utilisant les canalisations de la Great man made river que Kadhafi et ses proches sont parvenu à s’échapper de Tripoli lors de la prise de la capitale fin août.

On peut espérer que le nouveau gouvernement s’attachera à reconstruire un véritable service public efficace de l’eau à Tripoli et dans les autres villes du pays, plutôt que de s’en remettre aux multinationales venues de l’autre côté de la Méditerranée (et en particulier de France, dont le gouvernement a déjà commencer à pousser "ses" multinationales pour la reconstruction, cf. par exemple cet article de La Tribune). Ces multinationales seront sans doute d’autant plus empressées que derrière ces marchés se profilent le contrôle d’une partie de l’eau du Grand Aquifère Nubien.

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