Appel citoyen contre la politique française actuelle des pôles mondiaux de compétitivité dans le domaine de l’eau

Ni Montpellier, ni Metz ! La recherche publique sur l’eau n’est pas privatisable


Le 22 janvier 2010, le journal Midi-Libre titrait en première page « Montpellier veut devenir capitale mondiale de l’eau », et développait une page entière en reprenant les arguments des promoteurs de ce projet, sans aucun recul ni élément pour créer un débat.

La politique des universités uniques et des pôles mondiaux de compétitivité labellisés par le gouvernement pour chaque région s’inscrit dans un schéma global de marchandisation des savoirs et des formations supérieures. Dans le domaine de l’eau comme dans d’autres domaines, il est absurde d’opposer le Languedoc ou la Lorraine en vue d’écraser la concurrence. La richesse intellectuelle et la capacité des équipes reposent sur la diversité des sites de travail et l’inventivité locale. L’innovation ne consiste pas à marginaliser des lieux et des groupes de recherche mais à tisser des réseaux et laisser naître et évoluer des équipes partout en France.

Dans ce secteur de l’eau, l’idée d’associer les entreprises privées, parmi les plus puissantes sur le plan mondial et sujettes à toutes les dérives éthiques par le passé, et les équipes universitaires et de centres de recherches publics aboutit à placer sous tutelle privée les problématiques complexes de gestion des eaux. Elles prédisposent à une concentration abusive des pouvoirs sur l’eau, du point de vue politique comme du point de vue économique et social.

Considérer que Montpellier fait partie des villes du monde où les recherches sur l’eau sont significatives et brillantes, c’est bien. Affirmer que le regroupement des entreprises privées et des équipes de recherches publiques suffit à faire de Montpellier la Capitale Mondiale de l’eau est le produit d’une certaine mégalomanie. Mettre à la tête de ce pôle le directeur régional de Véolia est une absurdité. Qui va croire que les recherches sur l’eau menées par les équipes de Montpellier n’ont rien à voir avec les intérêts particuliers des entreprises impliquées dans le pôle ? Comment juger de l’objectivité des connaissances produites dans un tel contexte ? Comment ne pas prendre en considération, dans ce pôle, le risque de voir s’éloigner le meilleur de la recherche mondiale et de fructueuses collaborations ?

Le projet de pôle mondial comprendrait « un espace dédié à la recherche en sciences humaines ». Pour faire quoi ? Il s’agirait de « développer les activités commerciales et les échanges avec les pays étrangers ». Dès lors, comment poursuivre des travaux d’évaluation des politiques publiques, de comportements des acteurs, d’analyses de conflits sur les ressources, si les scientifiques sont autant impliqués dans le business de l’eau.

Dites non aux pôles de Montpellier et de Metz ! Dites non à la confusion de la politique universitaire et de recherche mêlée aux intérêts particuliers trop évidents !

Signataires
- Bernard Gerbier, Economiste, Professeur des Universités, Grenoble
- Pierre Gondard, géographe, Montpellier
- Pierre Hubert, Hydrologue, secrétaire général de l’Association Internationale des Sciences Hydrologiques, Paris
- Frédéric Landy, Professeur de géographie, Directeur du laboratoire Gecko (EA 375) Université Paris Ouest–Nanterre La Défense
- Sylvie Paquerot, Professeure École d’études politiques / Université d’Ottawa, associée à l’Observatoire de recherches internationales sur l’eau - IQHEI-Laval
- Thierry Ruf, géographe, IRD, Montpellier
- François Sigaut, anthropologie, directeur de recherche à l’EHESS, Paris
- Pierre Vuarin, co-créateur de l’Alliance Internationale Terre Citoyenne
- Bernard A. Wolfer, Directeur de recherche, Unité de recherches sur les paysanneries, les territoires, l’environnement, les marchés et les politiques publiques, INRA

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