Chili : Mobilisations sans précédent contre des projets de barrage en Patagonie

Le Chili connaît actuellement un mouvement de protestation de grande ampleur contre un projet de barrages hydroélectriques en Patagonie, zone préservée de l’extrême Sud du pays.

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Photo from Flickr user Trovador Errante (CC BY-NC-NC 2.0).

Ces projets hydroélectriques sont destinés à assurer les besoins énergétiques de divers projets miniers au Chili, jusque dans le désert de l’Atacama à des milliers de kilomètres au Nord, à l’autre bout du pays. 5 barrages seront construits pour une capacité totale de 2750 mégawatts. Le projet est porté par un consortium chileno-espagnol, emmené par la multinationale espagnole Endesa (contrôlée désormais par l’italien Enel) et une filiale du groupe chilien Matte.

Le projet affectera 6 parcs nationaux et près d’une centaine de sites protégés dans une zone qui est encore largement sauvage.

Le feu vert officiel au projet a été donné le 9 mai dernier, et depuis les manifestations se sont succédé. Le 20 mai, 80 000 personnes étaient dans les rues de Santiago, et 50 000 personnes supplémentaires à Valparaiso le jour suivant. Les autres villes du Chili ont également été touchées. Il s’agirait des plus vastes manifestations depuis la chute de la dictature.

Le projet a également été rendu possible par le droit chilien qui permet la propriété privée de l’eau (lire Les « marchés de l’eau », au Chili et ailleurs). L’entreprise espagnole Endesa s’était accaparée la quasi totalité des droits relatifs aux rivières Pascua et Baker.

Voir le site du principal groupe coordonnant la protestation, Patagonia sin represas : http://www.patagoniasinrepresas.cl.

Lire aussi l’interview par IPS de la militante écologiste chilienne Sara Larraín (en anglais). Dans un article de synthèse sur la question, IPS décrit également les efforts de relations publiques déployés par les industriels, notamment dans la région impactée où l’argent a été distribué à tour de bras dans des communautés traditionnellement isolées et pauvres. (Sur le point de vue des communautés, voir aussi cet article plus récent d’IPS.

Est notamment contestée la manière dont le projet a été imposé en faisant fi de toute procédure démocratique normale et en passant allègrement par dessus les critiques des citoyens, experts et élus locaux, sous prétexte d’assurer les besoins énergétiques du pays.

Comme en témoigne la variété des slogans et des sujets abordés, les manifestations ont donc aussi un aspect de contestation des élites politico-économiques du pays et du président milliardaire Sebastian Piñera en particulier, et sont en ce sens à rattacher au mouvement de contestation global initié par le printemps arabe.

Voir sur la dépêche AFP sur les manifestations du 13 mai, et sur le site du Monde des photos des manifestations et des sites concernés.

Lire aussi la couverture de ces manifestations par le site Global Voices (ici en français, puis ici en anglais), qui rend compte des différentes positions en présence, et des réactions suscitées par les manifestations et par la sévère violence policière qu’elles ont occasionné.

Des manifestations de soutien ont également été organisées aux États-Unis et en Europe. (L’ONG International Rivers a mis en ligne une page sur les moyens de soutenir le mouvement chilien.)

Comme le rappelle le New York Times, ce vaste mouvement de protestation s’inscrit dans le cadre plus général du boom mondial des grands barrages et des vives contestations que ces projets suscitent dans des pays comme le Brésil ou le Laos.

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