Conception et gestion de l’eau comme source rare dans le Dodécanèse (Grèce)

Les îles sont souvent confrontées à la rareté de l’eau et à la nécessité d’une gestion adaptée à cet état de fait. Dans les îles grecques du Dodécanèse, cela impliquerait par exemple une mesure précise et complète des ressources et des utilisations, ainsi que la mise en place d’une instance de gouvernance capable de coordonner tous les aspects de l’offre et de la demande d’eau, notamment en favorisant les usages les plus économes et les plus efficients. Dans les deux cas, le rôle de l’éducation et de la recherche apparaissent primordial.

Le cas de la région du Dodécanèse, en Grèce, portant sur la valorisation des ressources aquatiques, permet de mieux saisir la relation à établir entre une approche quantitative de la demande et de l’offre en eau dans un écosystème insulaire sensible, la nécessité de créer une instance unique prenant en charge de manière permanente et globale la gestion des ressources aquatiques et le rôle de l’éducation, notamment universitaire, dans le domaine de la gestion rationnelle de ressources aquatiques. Une des conditions fondamentales de survie pour les régions insulaires méditerranéennes.

Le travail fait dans le Dodécanèse en matière de gestion rationnelle de ressources aquatiques montre qu’il s’agit de commencer par traiter de la balance des ressources aquatiques à la fois séparément, en l’occurrence pour chacune des îles du Dodécanèse, et l’ensemble de la région. Dans cette balance, une série de paramètres doivent être considérés et mis en relation les uns avec les autres : les données hydro-géologiques ; les activités de production et, en particulier le tourisme ; l’établissement de la demande en eau en fonction des besoins saisonniers et les comportements des populations. L’eau, en tant que bien public naturel, est une ressource limitée en quantité et délicate en qualité : elle constitue une ressource qui se dégrade aisément dans l’environnement sec et chaud des îles et ne se renouvelle pas aisément, si ce n’est à des rythmes très lents. D’où l’obligation de gérer les ressources en eau de manière à en préserver la quantité et la qualité pour les générations à venir. Cela en tenant compte de chaque environnement insulaire, avec ses caractéristiques propres, différentes, au niveau du Dodécanèse, de la Mer Égée, d’une île à l’autre.

Un point sensible, pour une gestion rationnelle à partir d’une balance des ressources aquatiques bien établie, et à régulièrement mettre à jour, notamment pour des raisons de développement du tourisme, c’est la gestion par une instance qui doit être unique. Le point est sensible parce que, notamment, il y a absence de collaboration et de coordination, dans le domaine de l’eau, entre les organismes d’administration locale au sein du Dodécanèse, et au sein du pouvoir politique de l’État lui-même en général. Il importe que la gestion soit unique pour que la balance totale en eau soit positive, alors que la répartition des ressources aquatiques est inégale et conduit à une pénurie importante observée dans certaines régions. L’instance doit réunir toutes les compétences liées aux questions d’eau en ne négligeant point les compétences populaires. Sur le plan des compétences de l’instance, il faut à la fois savoir combiner des stratégies dans le domaine de l’offre du potentiel aquatique (planification et mise en oeuvre de mesures et d’actions en vue de l’augmentation du potentiel aquatique et de l’exploitation des ressources aquatiques) à des stratégies relatives à la satisfaction de la demande d’eau elle-même (planification de modes d’économie de ressources aquatiques).

On ne mesurera jamais à quel point la consommation d’eau et son utilisation, recyclable, ou traitable à différents niveaux (la même eau peut être utilisée d’abord comme eau potable, ensuite comme eau de lessive, ensuite pour des fonctions d’entretien domestique), est un élément d’éducation pour éviter le gaspillage et économiser l’eau, ressource paradoxalement rare quand il s’agit des îles qui sont entourées d’eau. L’éducation en matière de ressources en eau s’inscrit dans le cadre de l’éducation environnementale et de l’information et sensibilisation des gens à tous les niveaux d’âge, mais aussi des ménages et des entrepreneurs (particulièrement dans le domaine du tourisme), des agriculteurs et des responsables de la planification du développement. D’où, l’ensemble du système éducatif doit pouvoir être mobilisé, le rôle de l’université se jouant dans la capacité d’organiser, de coordonner et de soutenir des actions éducatives en offrant son expertise et son expérience en matière d’intervention systémique sur l’environnement (naturel, social, culturel).

Dans le cas de l’Université d’Égée, les problèmes liés à l’eau sont devenus des problèmes traités par priorité au niveau du Département des Sciences environnementales, du Département d’études marines, et des Départements des Sciences de l’éducation. S’y confrontent les informations recueillies auprès des populations et des instances administratives aux expertises propres. Il s’agit de former les gens à une conscience multiple de leur environnement, une conscience capable de soutenir des actions à la fois multi-dimensionnelles et multi-référentielles et, en ce sens par rapport à la formation classique, novatrices.

Commentaire

Les situations insulaires sont particulièrement fragilisées en matière d’eau, contrairement à l’image qu’offre l’île, un point dans l’eau. Elles sont donc exemplaires pour réfléchir à la valorisation de l’eau, patrimoine mondial commun, et à la nécessité d’une co-expertise scientifique et participative pour une bonne gouvernance de l’eau, faisant partie d’une bonne gouvernance environnementale.

SOURCE
- THEODOROPOULOU, Helena, FOKIALI, Persa, KAILA, Maria, PRELUDE, Pour une gestion rationnelle des ressources aquatiques du Dodécanèse : la contribution de l’éducation, PRELUDE, UNESCO, 2002 (Belgique), 6, p.245-261

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