L’assainissement écologique

, par  Olivier Petitjean

Plutôt que de se débarrasser au plus vite des déchets humains comme dans les systèmes conventionnels, l’assainissement écologique propose de les réutiliser à des fins agricoles. Cette solution permet également d’économiser l’eau et de prévenir la pollution.

photo ecosan, licence CC
L’assainissement écologique (plus connu en France sous l’appellation « toilettes sèches », et dans le monde sous l’acronyme EcoSan, pour Ecological Sanitation) est une approche de l’assainissement qui repose sur l’idée que les excréments humains et les eaux usées domestiques ne sont pas un déchet dont il faudrait se débarrasser le plus vite possible au moyen de grandes quantités d’eau (comme dans les systèmes d’assainissement traditionnels), mais une ressource potentielle qu’il faut réutiliser au maximum. L’assainissement écologique a donc de multiples intérêts : économiser l’eau au départ (la plupart des systèmes n’en utilisent pas du tout) ; éviter de surcharger les réseaux d’égouts (quand ils existent) ; éviter les risques de pollution bactériologique de l’eau ; récupérer et réutiliser les nutriments contenus dans l’urine et les excréments (le plus souvent pour l’agriculture) ; recycler autant que possible l’eau de ces mêmes déchets, si besoin après traitement, pour l’irrigation ou pour recharger les aquifères. Dans l’idéal, l’assainissement en viendrait à fonctionner en circuit fermé, sans aucun rejet.

Si le principe de base de l’assainissement écologique (le fait de récupérer et recycler les déchets humains) est pratiqué depuis des millénaires dans diverses civilisations, c’est depuis les années 80 que des systèmes modernes totalement sûrs et hygiéniques reposant sur ce principe ont été mis au point, principalement dans les pays d’Europe du Nord (notamment en Suède), et diffusé dans de nombreux pays à travers les programmes de solidarité internationale.

Les désavantages de l’assainissement conventionnel

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Les systèmes conventionnels d’assainissement présentent deux inconvénients majeurs, particulièrement dans les pays du Sud. Les toilettes à chasse d’eau raccordées à un réseau d’évacuation consomment, en premier lieu, énormément d’eau : les équipements traditionnels utilisaient plus de 10 litres pour chaque passage (avec les systèmes les plus récents de toilettes à double bouton, la quantité d’eau peut être réduite à 3 litres) ; d’autre part, de grandes quantités d’eau sont encore nécessaires pour acheminer ces déchets à travers les égouts vers les stations de traitement. En second lieu, précisément, ces déchets ne sont pas toujours traités. 90 % des eaux usées des pays du Sud sont rejetées sans traitement, contribuant à la pollution des rivières, des lacs et des eaux côtières, ainsi qu’à l’extension des maladies hydriques. Les nutriments contenus dans les eaux usées déversées dans l’océan peuvent finir par entraîner la suffocation des microorganismes marins et la multiplication des zones d’eaux « mortes ». En ce qui concerne les latrines à fosse, elles peuvent également entraîner des risques de contamination des aquifères ou des eaux courantes.

Les partisans de l’assainissement écologique ne manquent pas de souligner que ces modèles traditionnels d’assainissement sont également non soutenables dans la mesure où, faute d’utiliser les nutriments naturels issus des déchets humains (naturellement riches en azote, en phosphore et en potassium), ils encouragent le recours aux engrais chimiques. La réutilisation des déchets humains peut en revanche contribuer à la sécurité alimentaire en restaurant la fertilité des sols et en permettant, y compris en zone urbaine, des cultures maraîchères domestiques. Ceci est d’autant plus important que les réserves de phosphates, principalement situées au Maroc et en Chine, semblent sur le déclin, entraînant un renchérissement du prix des engrais à base de phosphore.

Les différents types d’assainissement écologique

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Il y a plusieurs types d’assainissement écologique, et les chercheurs, ONG et entreprises présentes dans le secteur ont développé des modèles très divers. Les plus fréquentes sont les toilettes à compost. Dans certains cas, urine et matières fécales sont récupérées ensemble et compostées. Dans d’autres cas, urine et fèces sont séparées au préalable, et l’urine est utilisée à part comme fertilisant, diluée dans de l’eau. La neutralisation des matières fécales peut être réalisée de deux manières différentes, selon le lieu ou le climat : par décomposition ou par déshydratation. Dans les deux cas, le processus est accéléré et catalysé par l’ajout de substances comme des copeaux de bois, de la sciure et des cendres. Les types de toilettes à compost commercialisés dans les pays du Nord ont un compartiment de compostage soit directement en dessous des toilettes, soit dans une autre partie de la maison. Les types répandus dans les zones rurales des pays du Sud utilisent plutôt des fosses. Par exemple, avec le type « ArbourLoo », un arbre fruitier est planté au-dessus des fosses une fois qu’elles sont remplies, qui attire à lui tous les nutriments. Il existe également des toilettes qui procèdent par lombricompostage, ainsi que des toilettes solaires (basées sur le principe de la déshydratation).

Expériences dans le monde

Outre les toilettes sèches commercialisées au niveau individuel, il existe plusieurs expériences de programmes plus ambitieux (au niveau d’une ville, ou des toilettes installées le long d’une autoroute) dans le monde, notamment en Suède, pays pionnier dans ce domaine (on y compte pas moins de 135 000 toilettes écologiques). La ville de Fribourg en Allemagne, dans le cadre de la réhabilitation du quartier Vauban après le départ des troupes françaises, a également mis en place un système d’assainissement écologique, où non seulement les excréments sont compostés, mais en plus le méthane produit par leur fermentation est utilisé comme source d’énergie domestique.

Les pays comme la Chine et l’Inde, qui connaissent un fort développement (et donc des moyens pour investir) et dont le réseau d’assainissement était jusqu’à présent très eu développé, constituent tout naturellement la zone principale d’implantation de l’assainissement écologique à l’heure actuelle. Des programmes significatifs existent également dans certaines provinces chinoises (Guangxi, Mongolie intérieure). Plusieurs ONG actives dans les pays du Tiers-monde dans le domaine de l’assainissement utilisent des solutions d’assainissement écologique.

SOURCES
- Page d’un réseau/centre de ressources international sur l’assainissement écologique http://www.ecosanres.org
- “Yellow is the New Green”, Rose George, New York Times, 27 février 2009. http://www.nytimes.com/2009/02/27/o...

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