L’assainissement, une mission pas assez noble ?

La couverture mondiale de l’assainissement accuse un grand retard : plus de deux milliards d’êtres humains ne disposent pas d’un assainissement de base. Pire ! Au rythme actuel des programmes d’équipement, l’Objectif du millénaire pour le développement en matière d’assainissement ne sera pas atteint en 2015. Comment expliquer ce retard ? Quelles pistes pour le combler ?

Quand on parle de couverture mondiale de l’assainissement, il s’agit d’offrir aux ménages un accès à des dispositifs de base (toilettes ou système d’égout) qui permettent la gestion des rejets domestiques que sont les excréments et les eaux usées de la maison (eaux de cuisine, de lavage et de douche). Pour quoi faire ? Tout simplement pour éviter les maladies.

L’eau contaminante

Les excréments humains, principalement les matières fécales, sont un véritable réservoir de microorganismes pathogènes. Les maladies diarrhéiques (dont le choléra ou la typhoïde), l’hépatite A ou encore la poliomyélite sont dues à l’ingestion d’eau contaminée par des excréments. La bilharziose, quant à elle, est transmise par contact avec de l’eau contaminée. L’absence ou le mauvais fonctionnement des dispositifs d’assainissement sont la principale cause de contamination. En l’absence totale de toilettes, la défécation dans le milieu environnant peut entraîner la pollution des eaux de surface. Une latrine mal conçue ou mal située peut entraîner la pollution de la nappe phréatique qui alimente le puits familial… Une mauvaise hygiène peut également entraîner la contamination de l’eau de consommation domestique.

L’eau est la principale voie de transmission de ces maladies, mais elle n’est pas la seule. On peut citer, par exemple, l’ingestion d’aliments souillés par des mouches qui se sont posées auparavant sur des excréments. On parle alors de transmission féco-orale. Sans pour autant négliger les conséquences sanitaires et environnementales des eaux usées, la gestion des excréments humains est la priorité n°1 dans le domaine de l’assainissement.

Pas de solution standard

Les enjeux sanitaires sont énormes : les maladies diarrhéiques sont responsables de 1,8 million de décès par an, dont 90 % d’enfants de moins de 5 ans. Les 160 millions de cas de bilharziose provoquent chaque année des dizaines de milliers de morts… Et pourtant les solutions pour interrompre les voies de transmission de ces maladies d’origine fécale sont bien connues : elles passent par l’amélioration de l’approvisionnement en eau potable, de l’assainissement et de l’hygiène. Le nombre de diarrhées pourrait être réduit de 45 % par une meilleure communication sur certaines règles d’hygiène de base comme le lavage des mains, et le confinement des excréments dans des dispositifs adéquats pourrait permettre un recul de 77 % de la bilharziose.

Alors, pourquoi les programmes d’approvisionnement en eau potable ne comportent-ils pas de façon systématique un volet d’assainissement ? Quels sont les freins qui expliquent un tel retard dans l’accès à l’assainissement ?

D’un point de vue technique, l’assainissement nécessite une connaissance très pointue du contexte dans lequel on intervient. Les solutions standard n’existent pas : le choix d’un dispositif plutôt qu’un autre doit tenir compte de nombreux paramètres environnementaux (climat, géotechnique…), économiques (matériaux disponibles, revenus des ménages…), mais aussi socioculturels (coutumes sanitaires, tabous liés aux excréments…). L’inadaptation des techniques au contexte local est l’une des principales causes d’échec des programmes d’assainissement. Les efforts doivent donc porter sur le développement de technologies dites « appropriées », qui sont choisies pour répondre au mieux aux caractéristiques de ce contexte.

Un besoin non ressenti ?

Trop longtemps négligés par les techniciens de l’eau et de l’assainissement, les aspects socioculturels sont pourtant déterminants. Si l’accès à l’eau est un besoin qui s’exprime clairement chez les populations dépourvues de ce service de base, l’expression d’une demande en dispositif d’assainissement est beaucoup moins évidente. On peut parler de « besoin non ressenti » dans le sens où le lien entre l’assainissement et la santé n’est pas toujours bien compris ou intégré.

L’échec de nombreux programmes d’assainissement s’explique en grande partie par une offre en assainissement qui ne répond à aucune demande locale. Il s’agit donc dans les programmes de sensibiliser et mobiliser plus en amont les futurs utilisateurs, notamment à l’échelle des ménages, sur les enjeux de l’assainissement dans l’amélioration de leurs conditions de vie. D’autre part, à la différence du secteur « noble » de l’eau, l’assainissement n’est pas perçu comme gratifiant, car il s’occupe des « basses fonctions » de l’être humain. Les personnes travaillant dans ce secteur sont d’ailleurs souvent stigmatisées, et les politiques locaux préfèrent inaugurer un puits que des toilettes…

Enfin et surtout, les facteurs institutionnels et économiques pèsent très lourd dans le retard mondial. Longtemps négligé par les pouvoirs publics, l’assainissement souffre dans les pays du Sud d’un manque de moyens humains, notamment en termes de compétence, et de moyens financiers.

La volonté politique et la mobilisation massive de financements, au niveau local comme au niveau international, seront donc des conditions sine qua non pour relever le défi de l’équipement en assainissement des populations aujourd’hui non desservies, mais également pour maintenir et améliorer les équipements existants. En 2008, la Journée mondiale de l’eau, le 22 mars, a été consacrée à l’assainissement. Le début d’un changement ?

SOURCE
- Texte original paru dans Altermondes, n°13, mars-mai 2008.

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