Dernière mise à jour : décembre 2008
Introduction aux contributions des participants à la rencontre de Marseille de l’Initiative internationale pour un développement durable de l’eau.
« Dans la question de l’eau, tout est politique » (Ricardo Ulcuango, Syndicaliste paysan indien d’Équateur à la réunion du Chantier Eau à Cochabamba, Bolivie, Juin 2001)
« Si nous ne trouvons pas de mécanismes de régulation techniques et économiques, l’eau et l’alimentation seront sources de conflits potentiels. » (Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO, Le Monde, 26 janvier 2008)
Envoi
Le présent recueil comprend les communications faites à l’occasion des Journées de travail du Programme Mobilisateur Eau qui ont eu lieu à l’Institut Méditerranéen de l’Eau à Marseille.
Ces Journées ont réuni des participants provenant de France, de Palestine, d’Égypte, de Tunisie, d’Algérie, de Malaisie, du Bangladesh, du Mexique, du Pérou, de Bulgarie, du Sénégal et de Slovaquie.
Ces Journées, consacrées essentiellement à la question de la gouvernance, sont dans le droit fil des réflexions du Programme Eau qui ont eu lieu précédemment à Casablanca, à Penang en Malaisie, à Alexandrie, à Téhéran, à Cochabamba qui, après avoir permis la rédaction du « Cahier de Propositions du Programme Mobilisateur Eau » se veulent réflexion maintenant sur la faisabilité d’une Assemblée Mondiale Citoyenne de l’Eau. Après avoir évoqué les points les plus saillants de la problématique Eau aujourd’hui , on lira un bref résumé introductif à ces contributions.
Depuis plus d’une décennie, la communauté scientifique ainsi que les ONG tirent la sonnette d’alarme pour attirer l’attention des décideurs et de l’opinion sur le fait que la quantité d’eau disponible – et qui est finie- sur le globe est utilisée de manière non durable.
L’accroissement démographique, conjugué à celui de la consommation, est en train d’augmenter, de façon inexorable, la demande pour l’eau utilisée en agriculture, dans l’industrie, les ménages, l’énergie, les loisirs… S’agissant de la qualité et de la quantité d’eau à la disposition des hommes, la démographie et le bien-être croissant (de certains tout au moins, et mesuré par le PNB) ainsi que d’autres facteurs de stress comme la disparition de vastes parties de la forêt tropicale humide, la consommation d’énergie, les terres soustraites à l’agriculture et recouvertes de bitume ou de béton [1] (car on sait que le sol et le sous-sol sont des lieux de résidence importants du cycle de l’eau [2]), les émissions de gaz carbonique, les flux d’azote vers les zones côtières… auront un effet direct et important sur les buts fixés :
Pour atteindre la durabilité,
Pour choisir les technologies à mettre en œuvre
Pour définir les stratégies de gouvernance [3].
Au plan global, près 70% de l’eau douce sert à l’irrigation, 20% environ pour la production industrielle et 10% pour les besoins domestiques. Mais, l’eau est inégalement répartie sur le globe : ainsi, par exemple, l’Asie, avec 60% de la population mondiale ne dispose que 36% de l’eau de la terre alors que ces chiffres sont pour l’Amérique latine ou l’Australie- Océanie de 6% et moins de 1% pour la population et 26% et 5% pour l’eau respectivement.
L’Égypte comme le montre dans ce recueil notre ami Emad H. Imam par exemple, utilise 98% de son eau pour l’irrigation, ce qui ne laisse plus que 27 litres par jour et par tête pour la consommation personnelle de l’Égyptien. Par contre, aux États-Unis, l’irrigation n’accapare que 40% de l’eau du pays ce qui laisse à la disposition de chaque Américain plus de 400 litres d’eau par jour : il est vrai que l’Amérique du Nord dispose de 15% de l’eau de la planète pour 8% de la population mondiale. Par contre, dans les camps de réfugiés en Asie, en Afrique ou en Palestine (voir la contribution de notre ami Rabeh El Sheikh ci-après), l’allocation quotidienne en eau est de l’ordre de 15 litres et est censée satisfaire tant la consommation que les besoins hygiéniques. En regard de ces chiffres, il faut garder à l’esprit les recommandations de l’OMS. L’organisation de Genève définit un accès raisonnable à l’eau par la disponibilité de 20 litres par jour et par personne à partir d’un point d’eau (source, puits, citernes d’eau de pluie, fontaines publiques…)situé dans un rayon d’un kilomètre du domicile de l’usager.
Quant à la qualité de l’eau, s’agissant de sa charge en polluants, là encore l’inégalité prime et est fonction du type d’usage et du niveau de développement du pays. Dans les pays en développement, il y a « collision des problèmes » pour reprendre l’expression du géographe français Yves Lacoste : à la pollution organique s’ajoute celle générée par l’industrie… souvent délocalisée d’un pays riche (cas des industries textiles au Maghreb par exemple) . De plus, ces pays ont une faible capacité pour améliorer la qualité de l’eau et utilisent, le plus souvent, des eaux de qualité inférieure pour la plupart des emplois y compris l’eau potable d’où une pléthore de maladies hydriques qui lèvent un lourd tribut en termes de souffrances humaines et de diminution du PNB [4]. C’est ainsi que la Guinée-Bissau, incapable de juguler une épidémie de choléra qui se propage à « une vitesse inouïe », a appelé au secours la communauté internationale en septembre 2008 [5].
Au total, sur « la planète bleue », plus d’un milliard d’habitants n’ont pas accès à l’eau potable et 2,6 milliards sont sans assainissement adéquat estime le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Pour les Objectifs du Millénaire, il y a là un défi majeur à relever. Ces Objectifs se proposent de diviser par deux, d’ici 2015, le nombre de personnes vivant avec moins d’un dollar par jour [6].
L’eau se situe en fait au carrefour d’enjeux sociaux, économiques, sociaux et culturels qui sont indissociables. A l’échelle du monde, la pénurie et la dégradation de la qualité de l’eau affectent plus de deux milliards d’êtres humains et provoquent quotidiennement des milliers de morts. La problématique eau est à l’ordre du jour des Nations Unies [7], donc de l’Humanité dans sa totalité voire de toute la Biosphère car le cycle hydraulique lie tout le Vivant : « Si des mesures ne sont pas immédiatement prises, la situation s’aggravera à l’avenir » conclut un document d’évaluation présenté en juin 1997, lors de l’Assemblée générale des Nations Unies consacrée aux réserves d’eau douce de la planète et ce texte de rappeler que « les schémas actuels de développement et d’utilisation des ressources en eau sont, pour la plupart, non soutenables ».
Plus d’une décennie après Rio, décideurs et acteurs de l’environnement préparent fébrilement - comme l’a montré la pré-conférence de Bali en mai 2002 - le bilan des politiques internationales de promotion du « développement durable ».
En août et septembre 2002, à Johannesbourg, à la Conférence de l’ONU et même à la réunion des hommes d’affaires de Davos en Suisse, en décembre 2007, l’eau a tenu une place centrale... mais les progrès paraissent plutôt rachitiques comme le montrent la non réalisation des Objectifs du Millénaire ou le Programme Roll Back Malaria : en 2015, ces objectifs ne seraient atteints que par six pays africains et même s’ils l’étaient par tous, « 230 millions de personnes resteraient encore privées d’accès à l’eau potable en Afrique en 2016 et 320 millions n’auraient toujours pas accès à l’assainissement » affirme l’OCDE [8]. On notera ici que le 26 septembre 2008, à l’occasion de la 63ème session de l’Assemblée Générale des Nations Unies à New York, plus de 90 chefs d’Etat évalueront le stade atteint par les Objectifs du Millénaire puisqu’on est à mi-chemin de 2015. Ces chefs d’Etat vont probablement esquisser les contours d’une stratégie pour mettre fin à l’extrême pauvreté dans les sept prochaines années.
Rappelons ici que l’année 2008 est, pour les Nations Unies, celle de l’assainissement.
Or, il y a un peu plus d’une décennie, en paraphant les accords de Rio, la communauté internationale se promettait de fournir un accès à l’eau potable, en 2002, à toute l’humanité. De même, en septembre 2000, le sommet des 189 leaders du monde s’est engagé à atteindre les Objectifs du Millénaire en 2015.
A l’heure des bilans, que constate-t-on ?
Pour ce qui est des Objectifs du Millénaire, les statistiques onusiennes (1990-2000) apprennent que cinq pays ont amélioré les indicateurs : Bangladesh, Comores, Guatemala, Iran et Sri Lanka. Il est tout aussi vrai que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté extrême a chuté de plus de 400 millions mais ce déclin est essentiellement confiné à l’Asie Orientale et particulièrement en Chine. Néanmoins, un certain nombre de pays sont sur le point d’atteindre quelques uns de ces Objectifs : il s’agit du Mozambique, du Rwanda, du Ghana, de la Zambie, du Malawi et du Bangladesh (voir ci-après le texte de K.M. Nabiul Islam) De son côté, le Brésil est sur le point d’atteindre tous les Objectifs sauf celui relatif à l’assainissement. Mais le Secrétaire Général des Nations Unies, dans un rapport consacré à ces Objectifs et publié début septembre 2009, affirme qu’il « est clair que nous ne sommes pas sur la bonne voie s’agissant de la réalisation de ces Objectifs, spécialement en Afrique » (voir ci-après la contribution de notre ami Abou Thiam).
Les avertissements n’ont pourtant pas manqué comme on l’a déjà dit : dans un rapport intitulé « Dix ans après Rio : l’évaluation de l’UNEP », Klaus Töpfer, le directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) écrit : « A l’heure actuelle, nous sommes encore témoins de tendances globales qui vont en empirant telles le réchauffement planétaire, la perte de la biodiversité, la dégradation du sol et la pollution de l’air et de l’eau ».
De plus, dans son rapport sur l’état de la population mondiale publié le 07/11/2001, le Fonds des Nations Unies pour la population (Fnuap) relève de son côté, que les catastrophes naturelles, la surexploitation des espaces ruraux, les pénuries d’eau ou d’énergie produisent plus de réfugiés que les conflits militaires. Traitant spécifiquement de l’eau, le rapport affirme : « Dans le monde entier, 54% de l’eau douce disponible chaque année sont utilisés. Si la consommation par habitant demeure stable, nous pourrions en utiliser 70% du seul fait de la croissance démographique. Si la consommation atteignait partout le niveau des pays développés, nous pourrions utiliser 90% de l’eau disponible en 2025 ». Selon le Fnuap, cette évolution est porteuse d’une inflation dramatique du nombre de personnes touchées par des pénuries plus ou moins graves. Et, sans doute, d’un nombre aussi croissant de conflits pour accaparer cette ressource vitale, essentielle qu’est l’eau. Environ 500 millions de personnes vivaient en situation de pénurie hydrique en 2000. Elles seraient 3 milliards en 2025. Ce qui menacerait gravement la paix et la sécurité si des mesures d’équité dans l’allocation de la ressource ne sont pas prises.
Dans le cadre du Programme eau, nous nous proposons d’analyser, à notre modeste niveau et en prenant appui notamment sur les Alliés des cinq continents ayant participé au Chantier et à ses différentes activités et réunions internationales, désireux de poursuivre l’aventure et d’analyser les causes de ces échecs récurrents. Il nous semble que la subsidiarité active – point fort de notre Cahier de Propositions- n’a guère été mise à l’oeuvre et que les populations n’ont pu s’exprimer, dans la plupart des cas. En un mot, c’est la question de la gouvernance de l’eau qui est posée.
A contrario, des exemples existent comme à Chennai et dans l’Etat du Tamil Nadu en Inde : les populations ont pu satisfaire leur besoin et grandement améliorer leurs conditions de vie dès lors qu’elles ont pu dire leur mot, participer à l’élaboration des projets et faire état de leur savoir. L’idée qu’on peut résoudre les problèmes par la technologie seule – la solution techniciste - est non seulement viciée à la base, elle est en outre insultante pour les populations et fait fi du passé car elle semble dire que celles-ci n’y sont pour rien (voir Eric J. Hobsbawn, Courrier International, n° 625, 24-30 octobre 2002). Or, la recherche démontre continuellement que ces populations ont imaginé des solutions fort ingénieuses. Ainsi, la ville Tiwanaku est la capitale d’un ancien empire Inca sur le très haut plateau de l’Altiplano bolivien. Ici, les Indiens vivent d’agriculture et d’élevage dans des conditions particulièrement éprouvantes. Jadis, on cultivait plus de deux cents variétés différentes de maïs et quatre cents espèces différentes de pommes de terre dont un cultivar pouvait se congeler et rester comestible une bonne dizaine d’années ! Plus encore : le système d’irrigation était très perfectionné et adoptait une inclinaison très précise afin que les pierres réchauffent l’eau interdisant du coup sa congélation. Le système est si perfectionné, si astucieux qu’aujourd’hui, le ministère de l’Agriculture veut le réutiliser pour développer l’agriculture en terrasses. De même, dans nombre de villes marocaines comme à Marrakèch, on a remis en usage les ouvrages datant des Almohades (XII-XIIIèmes siècles) inspirés de l’hydraulique andalouse arrivée au royaume chérifien suite à la Reconquista (1492) dans la péninsule ibérique comme par exemple le bassin de la Ménara (voir Mohammed El Faïz, Les maîtres de l’eau. Histoire de l’hydraulique arabe, Actes Sud, Arles, 2005). En Tunisie, l’aqueduc Zaghouan- Carthage datant des Romains a été, en partie, remis en service. Au Maroc, le réseau traditionnel de distribution d’eau à Fès est encore opérationnel. Long de 70 km, il date de la dynastie almoravide (X-XIIème siècles) avec une série d’ouvrages et de techniques destinés à maîtriser et à optimiser l’utilisation de l’eau [9].
Pour Sunita Narain, directrice du « Centre for Science and Environment » (CSE) de New Delhi et récipiendaire du Stockholm Water Prize 2005 – pour ses efforts notamment dans la récolte des eaux de pluie en Inde [10]-, la problématique eau ne revêt pas une haute priorité dans les discussions internationales car elle ne figure pas à l’ordre du jour des pays occidentaux. Or, au plan international, ajoute-t-elle, le seul ordre du jour qui compte est celui de l’Occident. On peut résumer ainsi sa conclusion : Quand la question de l’eau atterrit dans l’ordre du jour international, c’est soit pour débattre d’une Convention de l’Eau qui centraliserait la classification des décisions sur la ressource et créerait plus de contrôle de la part de la communauté internationale soit quand les industriels de l’eau sont à la recherche de marché… Les pays riches devraient arrêter de prêcher et de pousser vers des solutions qui ne fonctionnent pas dans nos pays [11].
De fait, l’actualité de la problématique eau ne se dément pas depuis la mise sur pied du Chantier Eau et ce, au nord comme au sud...même si, bien évidemment, les problèmes qui se posent ici et là, ne revêtent guère la même acuité pour les populations, leur santé et leur environnement : risque de pénurie à New York et en Californie en 2002 ; avertissement de la Société américaine de microbiologie quant à la qualité des eaux potables aux États-Unis et en Europe Occidentale ; rupture d’un barrage en Syrie qui a englouti villages et récoltes le 4 juin 2002 ; mauvais entretien d’un barrage en Inde sur le fleuve Kosi entraînant l’inondation de 1000 villages et la destruction de 200 000 habitations en août 2008 ; morts pour l’eau à Karachi ; à Cochabamba en Bolivie ; arme de l’eau utilisée sans ménagement aucun par Israël contre les Palestiniens, arsenic dans l’eau tuant à petit feu la moitié des habitants du Bangladesh [12] ; émeutes pour l’eau dans de nombreux États de l’Union indienne : au Gujarat, Andra Pradesh, Delhi, Orissa, Karnataka et Uttar Pradesh ; sécheresse prolongée en Tunisie qui pousse les agriculteurs à voler voire à assassiner [13] pour irriguer leurs lopins de terre ; la Syrie vit sa pire sécheresse depuis 40 ans et a perdu 40% de sa récolte de blé (octobre 2008) ; situation explosive en Algérie où le manque d’eau est devenu un véritable problème d’ordre public, des Algérois allant jusqu’à déclarer au journal Le Monde en avril 2002 : « Cela nous rend fous. Le manque d’eau pourrait nous transformer en terroristes » ; ce qui contraint le gouvernement à mettre en service, en avril 2008, une des plus grandes unités de dessalement au monde pour étancher la soif des habitants d’Alger. Au Nord aussi, les problèmes existent. Ainsi, le 25 octobre 2002, la Secrétaire d’Etat à l’Agriculture a déclaré le Nevada en état de catastrophe naturelle du fait de la sécheresse. En Californie, des villes comme Los Angeles ou San Diego rivalisent pour acheter des droits de l’eau aux fermiers et l’éditorialiste du New York Times (23/10/2002), marquant le trentième anniversaire de la promulgation de la loi sur l’eau (Clean Water Act) s’en prend nommément au Président George W. Bush dont « l’administration s’ingénie à restreindre le champ d’application de ce texte majeur... et alors que 40% des eaux du pays nécessitent une dépollution... es autorités ne font pas preuve de la volonté politique nécessaire pour contrôler la pollution provenant des fermes, des exploitations forestières... ». Pour ne rien dire des inondations catastrophiques à la Nouvelle Orléans (Ouragan Katarina) et, plus près, au Texas en septembre 2008, où l’ouragan Ike a dévasté Houston, la quatrième ville des États-Unis. Relevons enfin pour les États-Unis que la question de l’eau n’échappe pas à la vigilance des stratèges militaires et des diplomates [14]. En France, la problématique Eau pose de tels dilemmes aux politiques, aux agriculteurs et aux industriels qu’après avril 2002, le gouvernement de M. Raffarin a décidé l’abandon du projet de loi sur l’eau élaboré par le l’équipe précédente, projet qui avait eu pourtant dix-sept versions différentes et avait été déjà discuté au Palais Bourbon par les députés. Dans de nombreuses communautés de Beauce comme à Cormainville, dans l’Eure, les autorités recommandaient, en novembre 2008, à la population de ne pas consommer l’eau de robinet, ni de s’en servir même pour se brosser les dents, tant elle est chargée en pesticides et en engrais.
La presse traite de plus en plus de cette question. Ainsi, le magazine Capital (n°133, Octobre 2002) consacre un volumineux dossier à l’eau, « au scandale de son prix : jusqu’à 103% de hausse en dix ans » et à « ce que la pollution des paysans coûte aux usagers », et en juillet- août 2008, la revue La Recherche a publié un numéro spécial qui met en exergue le fait que l’eau « doit rester une ressource partagée ». Déjà en mars 2008, la prestigieuse revue Nature (Londres) a consacré un copieux dossier à la question à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Eau (vol. 452, n° 7185, du 20 mars 2008). On y relève, qu’en dépit des problèmes et de « la crise », la situation n’est pas sans espoir. La revue note que les politiques et les chercheurs se sont attachés à « l’eau bleue » des rivières, des lacs… qui compte pour 40% du capital eau de la planète (encore moins dans les régions arides) ; or, pour faire face aux difficultés actuelles, dans les régions où les aliments manquent, il faudrait gérer « l’eau verte » qui est bien moins spectaculaire car elle s’infiltre dans le sol après les précipitations où elle est immédiatement utilisée par les racines des plantes : « les experts estiment qu’en Afrique subsaharienne où les récoltes dépendent à 90% de la pluie, 10 à 30% seulement de cette pluie est employée de manière productive ». Pourtant, pour profiter de cette manne, les moyens à mettre en œuvre sont d’une grande simplicité et peu coûteux : recueillir l’eau de pluie, planter les racines profondément, construire des terrasses et abandonner les labours profonds… tout en combinant ces recettes avec des variétés résistantes à la sécheresse (par croisement ou manipulations génétiques). La difficulté, écrit l’éditorialiste de Nature, est de savoir qui va payer le coût de ces techniques simples et qui va se charger de traduire en actions ces idées notant qu’il s’agit là d’« une tâche ingrate (peu prestigieuse) ». Très réaliste et précis, cet éditorialiste demande : « Qui, par exemple, se chargera d’enseigner au paysan pauvre comment faire meilleur usage de ses ressources naturelles ? Et où trouver le soutien financier pour effectuer des essais agricoles apparemment risqués face à des pluies erratiques ? » et de conclure, après avoir déploré le manque de coordination des politiques de l’eau tant à l’échelle locale que régionale qui rendent « impossibles des solutions cohérentes » : « Si les décideurs ne veulent pas être les témoins de batailles et de luttes incessantes au sujet de la ressource avec les paysans aux prises avec les citadins, les usagers d’amont avec ceux d’aval, les régions les unes contre les autres, chaque nation a besoin élaborer sa stratégie hydraulique ».
Ainsi, est clairement posé le problème de la gouvernance de l’eau même si l’éditorialiste oublie cependant d’évoquer le cas de « l’eau virtuelle [15] » : dans un monde pacifié et confiant, une nation comblée par Mère Nature et produisant, par la grâce de son eau, suffisamment de produits agricoles pourrait les échanger contre des produits manufacturés ou industriels en provenance d’un autre pays moins bien doté en eau.
De fait, partout dans le monde - que ce soit en Bretagne, en Espagne, dans l’Etat d’Orissa en Inde, au Mexique ou au Moyen-Orient - l’eau est un révélateur de choix des tensions et des modes de gestion des ressources naturelles par les sociétés humaines. Les crises environnementales – et celle de l’eau en tout premier lieu - ne sauraient se comprendre sans la dissection et la mise à nu de la complexité des mécanismes socio-culturels qui leur ont donné naissance. Jacques Berque l’a bien montré dans le cas du Maroc, au temps du Protectorat [16]. Le texte qui suit le montre à l’envi. Notre ami, le regretté historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo, affirme : « L’eau entre dans les rapports des forces écologiques, économiques, sociales et politiques en tant que médium agissant au sein des trois règnes (minéral, végétal et animal) créant des espaces-temps qui constituent des moules structurels du développement historique ».
Dans le chantier Eau, nous avançons l’idée que l’approche de cette problématique ne saurait être que multidisciplinaire et géoculturelle comme le montrent les contributions à notre manifestation de Marseille et dans le droit fil de notre Cahier de Propositions. Elle ne saurait être comprise qu’en étroite collaboration avec d’autres chantiers de l’Alliance tels que ceux de la sécurité alimentaire, de la paix, des jeunes, de l’écologie industrielle, de la propriété foncière…et d’autres disciplines : sociologie, anthropologie…
Les mégapôles, l’agriculture et l’élevage intensifs ainsi que les besoins industriels ponctionnent de plus en plus la nature induisant d’une part des modifications de l’échelle de gestion de l’eau et les enjeux financiers et sociaux (voir texte de M.S. Fliss ci-après) qui en découlent et initiant, d’autre part, des mutations socio-économiques globales comme en Chine (voir texte de Wang Yi).
Pour certains, il y a raréfaction de l’eau- la rareté étant une relation sociale aux choses et non une caractéristique inhérente aux choses, rappelons-le. Or, l’eau est un instrument et un outil majeur du développement économique, parmi d’autres. A l’heure où certains prétendent que le marché est la panacée de tous les maux, les 106 ministres réunis au Forum Mondial de l’eau à la Haye, en mars 2000, ainsi que les représentants des multinationales de l’eau, ont unanimement refusé de considérer l’accès à l’eau comme un droit humain et se sont contentés de dire qu’il était un besoin vital : ainsi, l’eau n’est plus une obligation de l’Etat et l’accès à l’eau pour tous n’est plus garanti. Morts et enterrés sont les principes cardinaux des services publics que sont la continuité, l’universalité et l’égalité d’accès. La déclaration ministérielle de la Haye du 22 mars 2000 affirme en effet : « Il faut gérer l’eau d’une manière qui tienne compte de ses aspects économiques, sociaux, environnementaux et culturels quelque soit ses usages, et donner un prix aux services de l’eau qui reflète les coûts de la prestation. »
On relèvera cependant que le pape Benoît XVI s’adressant au Forum international de l’Exposition Eau et Développement durable de Saragosse, en juillet 2008, a affirmé que l’eau est un droit. Il a notamment souligné que l’eau est un droit fondé sur la dignité de la personne humaine. Ainsi, le pape prend clairement position contre ceux qui disent que l’eau est un besoin comme les autres et confirme les prises de position antérieures du Vatican.
Face à cet état des choses et des résultats de nos discussions à Marseille, nous proposons de mettre en débat, les questions fondamentales sur les choix politiques qui trancheront quant à l’avenir du statut de l’eau dans nos sociétés et de faire émerger, démocratiquement, les solutions. Signe des tensions qui existent quant à la gestion de la ressource aux États-Unis mêmes, le Los Angeles Times (11 octobre 2002) n’hésite pas à intituler un éditorial « Water for the people » ! Ce débat nous paraît d’autant plus nécessaire que l’actuelle inflation d’organismes et d’enceintes décisionnelles contournent les instances publiques et accélèrent le processus de dépossession des populations de cette ressource vitale qu’est l’eau. Nous proposons la mise sur pied d’un Forum citoyen - lieu d’un débat public, de participation démocratique plurielle et d’échange d’expériences et de points de vue - en mesure de peser sur les décisions dans le cadre d’un contrôle démocratique de la ressource par et au profit de la population mondiale car la guerre, la pauvreté, la faim, la haine de l’autre et l’arbitraire ne fleurissent que sur le vénéneux terreau des inégalités et des injustices sociales. Ce Forum sera largement ouvert à nos partenaires dont certains étaient présents à Marseille en novembre 2007. Les buts attendus de cette démarche sont les suivants :
Œuvrer à la formation d’une véritable citoyenneté responsable en matière d’eau
Éduquer en vue de préserver la ressource au moyen d’une transition socialement et démocratiquement contrôlée favorisant le développement durable tant sur le plan social qu’environnemental
Faire admettre un partage équitable de la ressource comme aspect majeur de la solidarité entre les hommes.
Valoriser et enrichir le Cahier de Propositions du Chantier Eau.
Innombrables sont les travaux qui, partout dans le monde, font état d’une dégradation de la ressource du fait de pollutions multiformes ponctuelles ou non.
Dans les pays du sud, les retombées de la pollution de l’eau ne sont que trop visibles sous forme de maladies hydriques qui emportent hélas ! 30 000 enfants annuellement. A Marseille, notre ami Karuppiah Korisatan, vice-président de la Fédération des Consommateurs malaisiens (FOMCA) nous a particulièrement bien renseignés à cet égard. Dans certains de ces pays du reste, on l’a dit, la délocalisation de certaines unités industrielles a ajouté à la pollution biologique celle des rejets chimiques toxiques comme dans les maquiladoras mexicaines, les fabriques de jeans au Maghreb, les T-shirts en Inde et l’électronique ou la chimie fine en Chine et en Thaïlande. Dans les pays riches, la pollution rampante due aux produits agrochimiques, pharmaceutiques et industriels est de plus en plus présente : l’Institut français de l’environnement (IFEN) d’Orléans affirme que la moitié des eaux de surface en France sont contaminées et le Centre de recherche de Dubendorf en Suisse avertit que les eaux de pluie en Europe occidentale ne répondent pas aux normes de potabilité officielles édictées par l’Union Européenne. En Amérique du Nord, les rivières et les cours d’eau dont les poissons sont interdits à la consommation du fait de la présence de résidus chimiques et de métaux lourds se comptent par centaines. Pareillement, en France, à cause de la contamination par les PCB, les poissons du Rhône ne sont plus comestibles depuis le printemps 2008.
Ces pollutions sont en lien étroit avec le mode de consommation de nos sociétés, leurs moyens de transport et leur style de vie. Elles contaminent les nappes phréatiques dont elles condamnent les réserves en les soustrayant à l’usage courant. Au Sud, les priorités de l’Etat ne s’adressent pas, dans de nombreux cas, à l’alimentation en eau potable et à l’évacuation rationnelle des eaux usées.
Une réflexion s’impose quant à nos styles de vie et à nos modes de consommation en contradiction tant avec un développement durable qu’avec le bien-être des générations futures.
Peut-il y avoir croissance infinie sur une planète finie (comme joliment dit Albert Jacquard) et dont l’eau est aussi finie ?
Le cinquième riche de l’humanité peut-il indéfiniment faire main basse sur 80% des ressources du monde ?
Sans se réfugier dans un immobilisme conservateur, ne faudrait-il pas renoncer à l’imaginaire économique de la croyance que plus égale mieux ?
Utopie rétorqueront les cyniques.
Mais qui l’aurait cru ?
L’OCDE, porte-drapeau et chantre du développement, reconnaît, dans sa publication « Les perspectives de l’environnement de l’OCDE » (mai 2001), que la croissance va contre l’environnement.
Quelle éthique adopter ?
Comment doit s’exercer la solidarité ?
Telles sont les interrogations que nous renvoient la problématique eau et ses ramifications.
Avec les différents acteurs, nous nous proposons de mener une réflexion sur ces thèmes cruciaux pour notre avenir commun, sur notre action et son impact sur la Nature et ses cycles régénérateurs.
Fournir l’eau à l’Humanité dépend des priorités que les hommes s’assignent car ce que nous faisons de notre eau reflète, au final, nos valeurs les plus profondes. Notre ami, le regretté Anil Agarwal, fondateur du Centre pour la Science et l’Environnement de Delhi et qui a pris part à notre rencontre de Téhéran en avril 1999 a pu dire : « L’eau est le dépositaire ultime de tous les méfaits de l’homme. Tout déchet qu’il produit s’y retrouve au final. Plus une société commet de méfaits à l’endroit de son eau et plus elle lui est insensible et indifférente, plus dégradés sont ses rivières, ses fleuves et ses lacs ». Le Français Gaston Bachelard ne qui s’extasiait-il pas devant « le beau pléonasme de l’eau pure » ?
C’est pourquoi notre proposition finale concernera l’éducation, l’éducation relative à l’eau et à l’environnement en général. Nous proposons de faire un effort majeur dans ce sens pour amener tout un chacun à respecter rivières, fleuves et lacs et dont dépend son bien être voire sa vie. Les associations de Jeunes et d’Education à l’environnement seront à cet égard de précieux et nécessaires partenaires (comme le montre le formidable travail de notre ami le Pr Ngai Weng Chan, à Penang, en Malaisie au sein de son association Water Watch) tout comme les élèves ingénieurs, les étudiants, les travailleurs sociaux…
Nos amis dans les médias et dans de nombreux autres organes de presse en Tunisie, au Maroc, en Egypte, au Liban, en Malaisie, au Sénégal, au Bangladesh… nous aideront à diffuser et à faire connaître les activités et les résultats de nos efforts pour l’avènement d’« une société économe en eau » pour reprendre l’expression d’un participant argentin à la première réunion internationale du chantier Eau à Casablanca en 1996 .
Quelques propositions concrètes :
Ces propositions trouvent leur origine dans les travaux du chantier Eau ainsi que dans les discussions avec de nombreux acteurs travaillant sur la problématique eau, divers partenaires et amis et aussi :
Des rencontres, au cours des trois dernières années , avec des acteurs de terrain en France, en Tunisie, en Égypte.
Les nombreux courriels et les fréquentes visites d’étudiants, de lycéens, de syndicalistes, de paysans et d’éleveurs, d’ONG, d’enseignants....voire de journalistes et de télévisions (ex : Télévision du Sénat, TV Demain...).
De ce qui s’est passé à Johannesbourg, à Stockholm, à New Delhi – où Chan et moi avons présenté l’idée d’Assemblée Citoyenne de l’Eau), à Saragosse….
Première proposition concrète : Capitalisation
Fonder un Centre de ressources pour répondre à la demande, d’autant que nos documents, fiches, articles, abstracts de réunions sont nombreux et renvoient de bons échos.
De plus, on préserverait ainsi les liens avec les membres du Chantier Eau de l’Alliance qui seront bien entendu, partie prenante de ce site.
Concernant ce Centre de ressources, on vise à être pratique et proche du terrain - il faut penser aux populations qui souffrent et celles qui subissent une pollution insidieuse et invisible et leur proposer des alternatives, leur donner l’espoir que les choses peuvent changer. Dans ce but, il faut faire connaître les expériences ayant réussies ailleurs et les étendre. Quelques exemples pour illustrer notre propos :
1) Il y a deux ans, l’Afrique du Sud a eu une dramatique épidémie de choléra dans la province du Kwazulu-Natal alors que le gouvernement (avec l’efficace ministre Kader Asmal que nous avions approché) avait mis en place une distribution d’eau potable sans reproche. Qui a donc déclenché la catastrophe ? Le manque d’assainissement ! Les eaux usées ont contaminé la ressource. L’actuel ministre Ronnie Kastrils s’est attelé à la tâche : bâtir un réseau correct d’évacuation. Bien.
2) Mais les habitants de certains quartiers populaires de Karachi l’avaient compris depuis quelques années ! Devant les carences de l’Etat pakistanais, ils ont mis en place un système de travail coopératif et communautaire pour doter leurs quartiers d’un réseau d’assainissement d’un coût abordable : d’où réduction spectaculaire de la mortalité infantile, quasi-disparition de la fièvre typhoïde... Patrick Laigneau, coopérant du Quai d’Orsay à Ougadougou (que Pierre Calame m’avait adressé) m’a confirmé l’acuité du paludisme dans cette capitale et que j’ai pu constater par moi-même, lors d’un séjour, en décembre 2003. La raison : les puits perdus des toilettes, gîtes parfaits pour l’anophèle. Il faut faire savoir là-bas ce qui a été fait à Karachi d’autant que les Africains ne sont pas les derniers - loin de là - pour faire du travail communautaire et s’entraider. Notre ami le regretté Pr Joseph Ki-Zerbo, - un habitant de Ouagadougou du reste - avait l’habitude de dire : « La Sécurité sociale existe chez nous dans tous les villages », faisant référence à la prise en charge par la communauté des vieillards, des orphelins, des handicapés, des malades...
3) De même, en Inde, le Sulabh Sanitation Movement a installé plus d’un million de latrines avec de petits projets et de modestes moyens. De son côté, Rajendra Singh a ressuscité des rivières dans le désert du Rajastan au moyen d’une petite association Tarun Bharat Sangh (Association de la jeunesse indienne) en s’adossant aux connaissances hydrauliques traditionnelles et en travaillant en phase avec les populations concernées. Pour ne rien dire des efforts considérables de notre ami, le regretté, Anil Agarwal dans la collecte des eaux de pluie et la réhabilitation des johads [17].
Ces réalisations ne bénéficient pas de la publicité nécessaire. A l’heure où le sommet de Johannesbourg a décidé de réduire de moitié le nombre de personnes non raccordées à un réseau d’assainissement - soit 250 000 personnes par jour durant 12 ans mais sans donner la moindre indication sur le moyen d’atteindre ce but - il est impératif de faire connaître le plus largement possible les réalisations faites par les populations elles-mêmes. Pareillement, le sommet de Johannesbourg vise à réduire de moitié, d’ici 2015, les ménages n’ayant pas accès à l’eau potable sans encore dire comment y parvenir.
Le sommet de Johannesbourg a été, dans un sens, le sommet de l’eau : on en a beaucoup discuté. Innombrables tables rondes, discours, événements, résolutions... ont ponctué cette manifestation. Les délégués ont, on l’espère, pris de la graine, en Afrique du Sud, ce pays qui - depuis la fin de l’apartheid - a une des politiques les plus avancées en matière d’eau. Le sommet est cependant arrivé à la conclusion que la question de l’eau est l’une des plus critiques auxquelles l’Humanité aura à faire face d’ici 2025, date à laquelle la moitié des humains souffriront de pénurie d’eau. On a fait des recommandations, trop de recommandations... qui ne lient personne hélas ! Sans vouloir être méchant : « Words, words, words... » disait Shakespeare. On n’a en effet jamais dit comment atteindre les buts fixés ni avec quels moyens financiers. On n’a rien dit des inégalités dans la consommation. On n’a pas mis l’accent sur la conservation de la ressource. On n’a pas mis l’accent sur comment utiliser l’eau plus efficacement. Car, il est clair qu’il nous faut à présent viser une société économe en eau. Le Centre de ressources peut être un moyen d’y tendre même modestement.
Deuxième proposition : Faisabilité d’Assises Mondiales Citoyennes sur l’eau
Compte tenu de ce qui été dit plus haut, la proposition est la suivante :
Avec l’aide de nos amis du chantier nous proposons d’étudier, la faisabilité d’assises mondiales citoyennes sur l’eau, une sorte d’Assemblée Mondiale sur la question de la ressource, en 2009, groupant entre 150 et 200 participants et où l’on traiterait entre autres, des problématiques esquissées plus haut, dans un lieu symbolique ( comme Valence en Espagne, la Bibliothèque d’Alexandrie ou l’Université Senghor... mais, de toute façon, ces lieux sont nombreux). Faisabilité quant aux sujets à débattre en profondeur, aux participants, au format des travaux (ateliers, exposés d’expert, relation d’expérience par un paysan, un homme du terrain...), au financement, au suivi...
Troisième proposition concrète : Réécriture du Cahier de propositions
Depuis l’Assemblée Mondiale de Lille (Décembre 2001) - voire avant - il a été possible de discuter du Cahier de propositions avec des publics nombreux et divers. La publication du Cahier par l’hebdomadaire littéraire égyptien Akhbar Al Adab l’a bien diffusé parmi les arabophones et les réactions ont été nombreuses.
De même, notre livre Les batailles de l’eau. Pour un bien commun de l’Humanité a été traduit en anglais, en portugais, en espagnol et en arabe. Les questions, en résumé, ont essentiellement porté sur les axes suivants :
a) Comment faire avancer la réflexion sur la gouvernance de cette ressource vitale face à la multitude d’agences internationales et d’ONG qui s’en occupent ? Comment éviter la bureaucratie et le langage convenu de certains ?
b) Sachant que 80% des cours d’eau de la planète coulent dans plus d’un pays, quid des conflits ? Quid de la gestion des territoires, des bassins versants face à la sacro-sainte souveraineté des États ?
c) Comment s’y prendre pour diffuser le plus largement possible le Cahier, en diverses langues ? Comment faire participer les communautés à son enrichissement et à sa réécriture ?
Il est clair que le Centre de ressources contribuera à faire avancer les choses. Il faudra cependant rencontrer les acteurs dans diverses parties du monde et les amener à s’approprier le Cahier. De plus, il faut réactiver le travail à distance avec l’équipe ramassée internationale de rédaction et la mettre à contribution pour la réécriture.
PRÉSENTATION RAPIDE DES CONTRIBUTIONS faites à Marseille :
Ces contributions sont riches et denses et c’est une gageure de les résumer. Nous en donnons cependant un bref aperçu pour en dégager la « substantifique moelle ».
Pour la Chine, Wang Yi affirme que son pays est en train de faire l’expérience d’une transition unique dans les annales s’agissant des défis que posent l’eau, défis que le changement climatique ne fera qu’exacerber. Il souligne que 300 millions de ses compatriotes n’ont pas accès à l’eau potable et que l’eau disponible par tête diminue régulièrement et qu’il ne s’agit plus d’une simple question de quantité mais plutôt d’une question de fourniture d’eau inadéquate, d’une efficacité faible et d’une forte pollution de la ressource.
Partant de là, il dégage quatre problèmes majeurs :
La raréfaction de la ressource
La pollution
La dégradation des écosystèmes d’eau douce
Les sécheresses et les inondations.
Notre auteur est cependant prompt à mettre en exergue le fait que ces problèmes interagissent l’un sur l’autre et se recouvrent. L’Empire du Milieu se trouve ainsi sous la menace d’une crise de l’eau à facettes multiples qui risque d’atteindre, à l’avenir, son développement voire sa sécurité.
Wang Yi accorde cependant une place à part à la problématique que pose la pollution du fait qu’elle constitue la menace la plus sérieuse : ses effets et/ou sa persistance ont, de fait, la capacité d’annuler les succès remportés dans d’autres domaines. Il en résulte que, dans la mesure où les méthodes traditionnelles de gestion de la ressource ne sont plus à même de venir à bout de la crise de l’eau ni d’accompagner les changements que vit le pays sur le plan du développement social et économique, la transition du modèle de gouvernance de l’eau est devenue inévitable et il souligne que la crise de l’eau à laquelle le pays fait face est, en apparence et en apparence seulement, une crise de ressources doublée d’une crise environnementale, mais, dans son essence même, il s’agit, affirme-t-il, d’une crise de la gouvernance d’autant que le réchauffement prend de court les décideurs et les spécialistes : au nord comme au sud du pays, les sécheresses et les inondations sont plus fréquentes.
Wang Yi insiste sur le fait que la gouvernance de l’eau n’est plus la conquête ou le contrôle de la ressource par des techniques d’ingénierie, au sens littéral traditionnel du terme. Il faut faire montre plutôt de respect vis-à-vis de la Nature et arriver à réaliser « l’harmonie entre l’homme et la Nature ».
De fait, depuis les années 80, la Chine est en train de passer d’une économie planifiée à une économie de marché. L’urbanisation du pays et son développement industriel accéléré ont permis à la Chine de s’affranchir des contraintes de la société agraire et paysanne. Les groupes d’intérêt sont de plus en plus diversifiés. L’Etat constitutionnel démocratique est en cours d’installation mais, concernant le gouvernement, les idées sont encore enracinées dans la société paysanne. Il en résulte que celles ayant cours dans l’économie planifiée comme la prise de décision politique centralisée affectent encore la solution des problèmes de l’eau. Mais, avec comme toile de fond la transition économique, la Chine est en train d’évoluer par rapport à la gouvernance de l’eau : la tendance générale est au respect des lois de la Nature, à la recherche de l’harmonie entre l’homme et la ressource, à l’amélioration de la gouvernance et à la réalisation des innovations dans tous les domaines. C’est pourquoi la Chine avance de nouveaux concepts pour cette gouvernance : gestion intégrée des ressources, interconnexion entre les fleuves, les rivières et les lacs, régulation écologique des projets hydrauliques…
Quant à K.M. Nabiul Islam, dans son intervention traitant de la gouvernance de l’eau au Bangladesh et plus spécifiquement du cas de la capitale Dhaka (12 millions d’habitants) mais aussi dans les zones rurales, il fait ressortir les aspects socio-politiques et économiques d’une distribution durable et insiste sur son importance pour l’assainissement, la santé et l’hygiène. Il passe en revue la gestion et la politique de l’eau du gouvernement, au moyen de plans nationaux, prioritaires pour l’Etat et met en lumière les nouveaux problèmes auxquels sont confrontées les autorités et qui ont pour noms : qualité de l’eau, pénurie, présence d’arsenic dans l’eau, recouvrement des frais pour la fourniture d’eau (cost recovery) et il montre, tout en insistant sur l’éducation, que, si le consommateur n’est pas satisfait du service et de la qualité de l’eau, il est impossible de construire durablement et déplorant « la politisation » et le « non- respect de la démocratie » de diverses institutions s’occupant de la ressource, Nabiul Islam écrit : « Il faut garder à l’esprit que le gouvernement est le meilleur gardien des droits des gens quand il s’agit du droit à l’eau, de l’accès à la ressource et de son prix. La privatisation18 n’améliore pas forcément la gestion de l’eau ni sur le plan de la demande ni sur celui de la gestion de l’alimentation en eau. »
Signalons ici les deux derniers livres de K.M. Nabiul Islam : Flood loss potential in non-agricultural sectors. Assessment methods and standard loss database for Bangladesh, publié en 2005 chez Palok Publishers, Dhaka, ainsi que Impacts of flood in urban Bangladesh. Micro and macro level analysis, publié en 2006 chez AH Development Publishing House & Community Development Library, Dhaka, qui étudient l’impact des inondations et les pertes qu’elles causent au Bangladesh et la vulnérabilité économique qu’elles imposent. En fait, ces ouvrages sont la continuation logique des travaux de l’auteur menés à la Middlesex University de Londres pour obtenir son doctorat ; ils donnent des pistes pour une meilleure gestion des zones inondables ainsi que des informations et une base rationnelle pour des actions calculées tant pour l’atténuation des dégâts infligés par les inondations, que pour les bulletins d’alerte, la préparation en vue des urgences et la reconstruction après les désastres.
Traitant du cas de la gouvernance de l’eau en Egypte, Emad H. Imam met en exergue le riche et incomparable passé dans la gestion hydraulique de son pays, « don du Nil » comme chacun sait depuis Hérodote (484- 425 avant J.C.) - et qu’attestent encore maints vestiges tel le nilomètre encore visible en plein centre du Caire au milieu du fleuve - et la très grande importance de l’irrigation dans l’agriculture égyptienne aujourd’hui. Mais face à l’explosion de la demande, elle-même fille de la bombe démographique et face à un volume d’eau pratiquement inchangé (55 millions de m3 par an en provenance du Nil, en vertu d’accords internationaux), la gouvernance doit montrer plus d’efficacité si on veut mettre fin aux souffrances de la population et permettre le développement du pays. Notre ami soulève une importante question lorsqu’il parle de l’« efficacité » de l’eau qui est plutôt faible dans son pays comme le rapporte souvent la littérature [18]. Il souligne aussi la nécessité de lutter contre la pollution, notamment dans le cas des eaux usées en milieu rural déversées illégalement dans les canaux. Pour améliorer la gouvernance de l’eau, il pointe l’insuffisance des moyens financiers, le manque de participation des parties prenantes et la non application des lois telle la loi 48 de 1982 dont le but est de d’assurer la protection du Nil contre la pollution. Le texte fournit aussi une approche de l’administration structurée et complexe de l’irrigation dans le pays.
Suit le texte d’Albert Ysunza-Ogazón qui traite de la crise de l’eau au Mexique qui constitue « un des plus grands défis » pour le pays tant sur le plan de la sécurité alimentaire que sur celui de la souveraineté et de la sécurité nationales. A cet égard, le cas de la capitale, Mexico, est un condensé de tous les problèmes qui affligent le pays. De plus, le cas de Mexico représente un désastre écologique de première grandeur. L’auteur – médecin de formation - introduit ensuite l’utilisation des eaux usées pour irriguer les cultures et décrit l’usage des toilettes sèches EcoSan dans l’Etat d’Oaxaca.
Rumyana Bratovanova, du Ministère de l’Environnement bulgare, s’attache à la présentation de la gouvernance de la ressource dans son pays où, depuis 1989, le régime démocratique prévaut dans les sphères politique, économique et sociale. C’est ainsi que les eaux sont propriété exclusive de l’Etat et que, depuis l’an 2000, la législation dans le secteur de l’eau est en conformité complète avec celle de l’Union Européenne. La loi sur l’eau traduit cette situation et comporte un principe clef de gouvernance : l’obligation d’une information « à temps », « compréhensible » et « précise » relativement à tout ce qui touche à la gestion, à la planification… dans le domaine de l’eau.
Martin Kováč, ingénieur et membre de l’Association des villes et des villages slovaques traite de la stratégie de prévention des inondations. Cette ONG promeut les améliorations qualitatives et quantitatives des ressources en eau comme elle vise à en prévenir la détérioration et l’épuisement. Son action se fonde sur « un nouveau paradigme de l’eau » dont les principes couvrent des domaines comme la protection et l’utilisation des eaux pluviales, les processus de planification, l’examen et la réévaluation des changements agraires, les aspects de durabilité économique et les applications des politiques hydrauliques locales. Elle procède à des recherches sur les ressources en eau et les aquifères ainsi que sur la gestion des territoires et développe un système d’information particulier ainsi que des actions et des stages sur le terrain. Martin Kováč nous dévoile quelques résultats de l’action de cette ONG qui emprunte au roi du Sri Lanka Parakramababu (1153- 1186) sa devise : « Pas une seule goutte d’eau ne doit rejoindre la mer sans avoir d’abord été mise au service du peuple ».
Dans le texte très étoffé publié ici, il nous décrit comment ZMOS (Association des villes et des communautés slovaques) a mis au point la prévention et la défense des villes contre les inondations. Ce texte commence par analyser les causes des inondations, les dommages et leurs coûts, les problèmes posés par la gestion traditionnelle de ce type de catastrophes pour finir par présenter les solutions possibles ainsi que les principes de la protection durable contre ces événements
Martin Kováč est co-auteur précisément de l’ouvrage Water for the recovery of the climate. A new water paradigm publié en 2008 conjointement en Slovaquie et en Tchéquie.
Mohamed El Maaoui, professeur de chimie industrielle à la Faculté des sciences de Tunis évoque, dans ses deux présentations, la problématique de la consommation d’eau dans l’industrie des phosphates en Tunisie. Cette industrie – grosse consommatrice d’eau tant au niveau de la mine que lors de la transformation chimique du minerai en acide phosphorique et ses dérivés - connaît une expansion importante catalysée par une forte demande de l’agriculture et des industries en particulier. Elle génère une pollution importante tout en exerçant une forte pression sur de maigres ressources en eau. Ce qui a un impact négatif sur les oasis. L’utilisation du dessalement de l’eau de mer pour le complexe chimique tuniso-indien projeté pourrait peut être éviter les atteintes à la nappe dont cette région semi- aride du sud tunisien, aux portes du Sahara. A condition que l’on gère correctement les rejets des opérations de dessalement.
Azzouz Kerdoun, professeur de droit à l’Université de Constantine en Algérie se penche sur la gouvernance de l’eau dans son pays et cite le Président de la République pour illustrer la crise de l’eau que vit le pays pratiquement depuis l’indépendance en 1962 : « La bataille de l’eau n’est pas perdue d’avance pour l’Algérie, mais il est clair que, si nous nous endormons, nous ferons un très mauvais réveil en 2010 et 2010, c’est demain. » Face à cette situation, Kerdoun avance les principes devant régir une « une nouvelle politique de l’eau » et brosse les trois principes d’ « une action politique plus vigoureuse » : statut économique de la ressource, concertation et protection de l’eau pour en préserver la qualité et protection la santé publique mais insiste-t-il, il faut maintenant traduire en actes cette politique pour « rendre ses effets perceptibles au niveau du quotidien des populations ».
Rebah El Sheikh, vice- président de l’Autorité Palestinienne de l’Eau (APE) a envoyé sa présentation « La gouvernance du secteur de l’eau palestinien : Opportunités et menaces » car il n’a pas été autorisé par Israël à quitter la Bande de Gaza pour prendre l’avion à destination de Marseille à l’aéroport d’Amman en Jordanie. Il présente, sur le plan géographique, d’abord la Bande de Gaza où on enregistre un déficit de 60 millions de m3 d’eau annuellement, puis les aquifères de Cisjordanie. Il fait ensuite l’historique de APE dont la mission est donnée par la loi N°3 de 2002 dont l’auteur donne un aperçu détaillé. Celle-ci est fondée sur quinze principes et huit stratégies prioritaires qu’il décline par la suite. Elle assure les droits palestiniens sur l’eau et elle régule et coordonne les investissements pour une gestion intégrée de l’eau potable et des eaux usées. Notre ami El Sheikh donne ensuite un aperçu des négociations avec Israël : historique, aspects techniques, références juridiques… Les réalisations de l’APE sont exposées ainsi que les faiblesses et les menaces qui pèsent sur elle. Il affirme qu’Israël ne s’engage pas à appliquer les accords signés et que ses incursions violentes répétées visent la plupart des travaux d’urgence réalisés par l’APE et que, de ce fait, la situation du secteur de l’eau « affecte négativement la dimension socio- économique » en Palestine.
Rebah El Sheikh conclut en faisant valoir que :
Un accord équitable sur l’eau doit être inclus à la fin du cycle de négociations avec Israël
La répartition actuelle de l’eau entre Israéliens et Palestiniens est profondément injuste, excessive et déraisonnable [19]
Une allocation d’eau égale pour chaque personne doit être le point de départ de prédilection pour mettre fin à la situation profondément injuste actuelle
La fourniture de l’« eau nouvelle » dessalée est, concrètement, la solution sur le long terme [20].
La jurisprudence internationale relative à l’eau va dans le sens d’une allocation équitable et raisonnable des ressources d’eau communes.
La gestion conjointe des eaux en commun est inévitable si un quelconque accord vise à l’efficacité [21].
Quant à Abou Thiam, de l’Institut des Sciences de l’Environnement de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et coordonnateur régional PAN (Pesticide Action Network), il évoque la gouvernance de l’eau au sud du Sahara en traitant notamment du cas du Sénégal et en soulignant que le continent noire compte 400 millions de personnes sans accès à l’eau potable. Il soulève la question de la privatisation [22] et celle de l’urbanisation galopante en Afrique. Après avoir défini les conditions d’une bonne gouvernance de cette ressource, il énumère les obstacles qui empêchent le continent d’y parvenir.
Vidal Pino, ancien directeur de la régie municipale de l’eau à Cusco au Pérou a axé son intervention sur l’eau potable au Pérou et en dresse un tableau très complet : finance, législation, tarifs et… interférence politique.
Enfin, Mohamed Salah Fliss, sociologue et journaliste tunisien étudie minutieusement le cas de la grande Société Nationale de Distribution de l’Eau (SONEDE) dont il dissèque la facture et « le tarif social ».
Remerciements :
Je tiens à remercier tous les participants aux Journées de Marseille tant pour la qualité de leurs exposés que pour leurs discussions animées qui ont enrichi les travaux ainsi pour leur grande disponibilité et leur engagement amical en faveur du Programme Mobilisateur Eau.
Notre gratitude va aussi à l’Institut Méditerranéen de l’Eau de Marseille pour son hospitalité et pour avoir mis gracieusement à notre disposition ses locaux et son personnel.
Nos remerciements vont également à tous nos amis à la FPH et à AGTER pour leur appui sans faille au Programme Mobilisateur Eau.
[1] « Les inondations ont fait plusieurs centaines de morts dans le monde ces dernières semaines, et seront de plus en plus fréquentes. Des mesures concrètes peuvent en limiter les conséquences » écrit Gaëlle Dupont sous le titre « Face à l’aggravation des inondations, repenser l’affectation des terres et des sols », Le Monde, 16 septembre 2008. On relève encore dans cet article : « La généralisation de revêtements perméables dans les villes permettrait de limiter le ruissellement des eaux ».
[2] Pour bien apprécier l’importance de ce facteur, il faut relever que les ressources en eau contenues à tout instant dans le sous-sol sont estimées à environ 2000 milliards de m3. Le débit annuel des nappes, c’est-à-dire le renouvellement partiel de la masse d’eau est estimé à 100 milliards de m3. C’est une part essentielle des ressources en eau douce de la planète.(Voir « Menaces sur l’eau », Science et Vie, n° 211, juin 2000, p. 24 et Les jeux de l’eau, de l’homme et de la nature, ouvrage collectif, Éditions La Dispute, Paris, 2008)
[3] Julie Zimmerman, James Mihelcic et James Smith, « Global stressors on water quality and quantity », Environmental Science & Technology, 15 juin 2008, p. 4247- 4254.
[4] Moussa Diop, Thèse de sociologie présentée à l’Université Paris Dauphine le 22/09/2008. Voir le Monde2 traitant du paludisme (13/09/08) et notre article « Un fléau si peu combattu » in Le Monde Diplomatique de Juin 1998, p. 23.
[5] Le sud de l’Irak est aussi affecté par une épidémie de choléra qui a fait 69 morts et qui discrédite encore plus le gouvernement. Elle contribue aussi à l’instabilité politique et à la violence dans le pays. (Message électronique de UN Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, 15/09/2008)
[6] Certains comme David Zetland, de l’Université de Berkeley, reprochent à ceux qui militent en faveur de ces Objectifs (comme Jeffreys Sachs) de trop mettre l’accent sur les questions d’argent plutôt que sur les institutions et de perdre de vue les notions de durabilité, de continuité du service et de qualité sanitaire de l’eau (Stephen J. Dubner, « The economics of clean water », The New York Times, 9 & 11 septembre 2008)
[7] Cf. notre article « Bataille planétaire pour « l’or bleu » », Le Monde Diplomatique, Novembre 1997, p. 24-25.
[8] Adrien Tricornot, « L’eau, c’est la vie », Le Monde Économie, 13 juin 2007.
[9] Khélifa Maalel, « Brève histoire générale de l’hydraulique », El Madar, revue de la Cité des Sciences de Tunis, Numéro spécial « L’homme et la maîtrise de l’eau en Tunisie », 1993, p. 60.
[10] Voir sur ce sujet, l’excellent ouvrage du regretté Anil Agarwal et de Sunita Narain Dying wisdom. Rise, fall and potential water harvesting systems. A Citizen’s Report, CSE, New Delhi, 1997.
[11] « Raiwater harvesting brings clean water to poor villages », Environmental Science & Technology, 05/10/2005.
[12] Rebecca L. Rawls, Chemical & Engineering News, Organe hebdomadaire de la Société américaine de chimie (ACS), 21 octobre 2002, p. 42- 45
[13] Des assassinats ont eu lieu aussi en Australie, voir « Sydney man killed while watering lawn », The New York Times, 01/11/2007.
[14] Kent Hughes Butts, « The strategic importance of water », US Army War College Quarterly, Spring 1997. Voir aussi le site de la Voix de l’Amérique voanews.com, consulté le 29/03/2005
[15] Il est vrai que « l’eau virtuelle » n’est pas à proprement parlé « matérielle » : elle évalue, pour chaque produit (chaussures ou téléphone portable ou bifteck) la quantité d’eau nécessaire à sa production. Ainsi, per capita, en moyenne, un Américain consomme 6800 litres d’eau virtuelle par jour alors que le Chinois n’en utilise que le tiers d’après l’Institut suédois SIWI. On signalera ici que cette notion est aujourd’hui pleinement reconnue : le Pr J.A. Allan du King’s College de l’Université de Londres (École d’études orientales et africaines SOAS), son inventeur, a obtenu le très convoité Prix de la Semaine Internationale de l’Eau de Stockholm en août 2008.
[16] Voir aussi André Guillerme, Les temps de l’eau. La cité, l’eau et les techniques, Champ Vallon, Seyssel , 1983 et Jean-Jacques Pérennès, L’eau et les hommes au Maghreb. Contribution à une politique de l’eau en Méditerranée, Karthala, Paris, 1993.
[17] Voir son monumental recueil, en collaboration avec Sunita Narain, Dying wisdom, CSE, New Delhi, 1998.
[18] Voir State of the World 2004 du Worldwatch Institute, traduit et adapté par M.L. Bouguerra sous le titre : La consommation assassine ou Comment le mode de vie des uns ruine celui des autres. Pistes pour une consommation responsable, ECLM, Paris, 2005.
[19] « Nous mourrons de soif, alors que les Israéliens pensent seulement à réduire leur consommation » dit Shaddad Al-Attili, de l’APE au journal Le Monde du 18 août 2008, p.5 (Voir article de Michel Bôle-Richard, « La crise de l’eau s’accentue en Israël et frappe durement les Palestiniens »).
[20] Lire à ce sujet Marwan Haddad, « Planning water supply under complex and changing political conditions : Palestine as a case study » in Water Policy, Official Journal of the World Water Council, vol. 1, n° 2, p. 177-192, 1998
[21] Nous donnons les diapositives que Rabeh El Sheikh a pu nous faire parvenir avec de grandes difficultés. Nous n’avons pu obtenir son texte écrit car il a été empêché de quitter Gaza pour assister à la réunion de Marseille et depuis, nous n’avons pu le joindre étant donné le bouclage imposée à la Bande de Gaza.
[22] D’après RFI, le 10 novembre 2008, des manifestations contre la privatisation de l’eau à Léré (Nord-Ouest du Mali) se sont soldées par un mort lorsque les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles sur la foule.