Ressources pour une gestion durable de l'eau

L’exploitation des mines de phosphates : un sérieux problème d’eau

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Dernière mise à jour : février 2010

Le phosphate tunisien : une source de revenues pour toute une région

La Tunisie est l’un des premiers producteurs mondiaux de phosphates. Les Etats-Unis, la Chine et la Russie produisent pour leurs besoins propres, tandis que le Maroc et la Tunisie produisent pour l’exportation. Pour ces deux pays, les phosphates représentent une source essentielle de devises dont le montant est à peu près comparable aux revenus qui découlent du tourisme.

Les mines de phosphates sont situées dans le Sud-Ouest tunisien. Elles comblent un besoin évident puisque cette région est l’une des régions les plus pauvres en Tunisie. C’est aussi une région aride qui marque le début du désert du Sahara. Rien d’étonnant donc si l’exploitation minière est considérée par les autochtones comme leur bien de subsistance. Pendant une certaine période, le prix international du phosphate était si bas que la rentabilité de l’exploitation minière n’était pas assurée. Les mines furent pourtant maintenues pour ne pas verser des milliers d’ouvriers dans le chômage.

Une industrie gourmande en eau

Le phosphate se trouve dans les couches profondes du sol. Un déblayage de montagnes de roches calcaires est nécessaire pour accéder aux couches de phosphates. Le minerai brut est alors n’accuse alors que 65 % de phosphate de calcium (Bone phosphate of Lime). Les principales impuretés sont la silice, les argiles et le calcaire. Ces impuretés sont intimement liées sous forme de pierres ou d’amas pierreux. La première séparation est effectuée à sec et concerne les pierres les plus dures qui sont séparées après un concassage grossier. Le phosphate est ensuite acheminé vers la laverie où un lavage à l’eau est effectué. Ce lavage, appelé débourbage, consiste à traiter le mélange de phases solides présentes avec de l’eau de telle sorte que les différentes espèces soient « libérées » les unes des autres sans pour cela arriver au broyage du phosphate de calcium. Deux coupures granulométriques, une coupure haute et une coupure basse, permettent de récupérer un concentré de phosphate qui arrive jusqu’à 30% d’anhydride phosphorique.

Le débourbeur, qui permet la séparation des grains, est alimenté par 5 tonnes d’eau pour chaque tonne de phosphate. Sur ces cinq tonnes, 3,6 tonnes environ sont recyclées, 0,15 tonne accompagne le phosphate produit en tant qu’humidité et 1,2 tonne sont perdues : elles sont déversées dans la nature sous forme de boues contenant les grains fins d’argile dont on veut se débarrasser.

Ainsi, pour une production de 8 millions de tonnes par an de phosphate marchand, on consomme environ 10 millions de m3 d’eau qui sont perdus. L’eau est versée dans des oueds, elle s’écoule sans alimenter les nappes profondes puisque la boue est formée d’argile imperméable. Après 20 ou 30 kilomètres parcourus dans une atmosphère sèche et chaude, l’eau s’évapore sans même alimenter la nappe phréatique.

Cette quantité n’est pas du tout négligeable dans une région où il n’y a ni pluies ni rivières.

Il arrive qu’une partie des phosphates soit transformée dans la région même en engrais. C’est le cas par exemple de l’usine de Mdhilla qui est située juste à coté de GAFSA, chef lieu du bassin phosphatier. Le problème devient alors beaucoup plus grave puisqu’on estime à 2,2 m3 la quantité d’eau nécessaire pour transformer en engrais une tonne minerai de phosphate titrant 30% d’anhydride phosphorique. Comme les usines sont énormes, de grandes quantités d’eau sont utilisées. Une bonne partie de ces eaux est utilisée dans le lavage des fumées très chargées en fluor. Après lavage, ces eaux chargées en fluor, sont reversées dans le milieu naturel.

Un approvisionnement en eau difficile

L’eau nécessaire au traitement du minerai de phosphates est actuellement fournie par des sondages très profonds. On utilise la nappe du Continental intercalaire qui couvre tout le Sud tunisien et qui se situe à environ 1000 m de profondeur. L’eau soutirée est chaude et légèrement saumâtre : elle titre entre 1,5 et 2,5 grammes de sel par litre.

La nappe du continental intercalaire est une nappe fossile : elle est donc non renouvelable. Elle sert à alimenter les oasis de la région par des sources et des sondages. Un pompage intensif s’est installé, il n’est pas seulement destiné à l’industrie minière, il sert aussi à subvenir aux besoins de la population, qui est sans cesse plus nombreuse, aussi bien au niveau de l’eau potable qu’au niveau de l’agriculture.

Une baisse sensible du niveau de l’eau s’en est suivie. Ainsi, la source qui alimente la « Corbeille », un fameux et célèbre site verdoyant de la palmeraie de NEFTA, un incontournable site touristique qui était jadis très célèbre, est tarie depuis longtemps. D’autres sources ont tari ou voient leur débit faiblir de jour en jour.

Des décisions qui restent à prendre

Comment pourrait-on faire face à une situation qui s’aggrave de plus en plus ?

La région toute entière vit des retombées des mines de phosphates. Va-t-on favoriser les agriculteurs ou les mineurs ? De part le monde, ce sont toujours les industries qui ont gagné, et ceci parce que la cause du capital est toujours mieux défendue que celle des individus séparés et peu conscients politiquement parlant. D’un autre coté, la société minière étant étatique, on peut considérer que l’intérêt général ne sera pas oublié.

Les solutions ne sont pas nombreuses, parce que la région se trouve très loin des gisements potentiels d’eau. Amener l’eau du Nord est possible mais cela coûterait cher. Amener de l’eau de mer est faire du dessalement sur place n’est pas non plus évident puisque la mer se trouve à des centaines de kilomètres et que les rejets salés du dessalement poseraient autant de problèmes. Sans doute que la solution est de rester raisonnable au niveau des activités industrielles liées au phosphate. Il faut peut être que la région se contente de se limiter à l’extraction du minerai. La transformation du phosphate, qui consomme encore plus d’eau que l’extraction devra avoir lieu dans des régions plus clémentes.

Si cela devait se faire, ce ne sera plus le minerai qui est l’élément décisif. Pour la première fois ce sera la disponibilité de l’eau qui décidera.