Ressources pour une gestion durable de l'eau

La vie d’un oasis

Une bataille éternelle contre le sel

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Dernière mise à jour : août 2009

Un cas rare

La magie des oasis a toujours fasciné l’homme. Un désert à perte de vue et puis, au milieu de nulle part, une multitude de sources d’eau coulent et transforment l’endroit en un jardin agréable et un point de verdure qui grouille de vie. Derrière cet aspect féérique se cachent des problèmes qui se posent immanquablement quand on utilise de l’eau dans une atmosphère sèche et chaude. Une partie non négligeable de l’eau d’arrosage est perdue par l’évapotranspiration. En partant, elle laisse déposer du sel qui, par accumulation rend la terre de plus en plus salée et impropre à la culture.

Un des cas les plus complexes et les plus exposés à ce problème est peut être celui de l’oasis de Gabès. C’est le seul oasis de l’Afrique du nord et l’un des rares dans le monde à être situé au bord de la mer. Cette situation engendre des problèmes inédits au niveau de la salinité de l’eau surtout que la nappe souterraine qui l’alimente, nappe de Djeffara, continue à s’étendre sous la mer. Les terres ont une altitude très faible, l’écoulement vers la mer n’est pas toujours satisfaisant. Malgré ces difficultés l’oasis continue depuis des millénaires à alimenter des régions, qui sont bien plus nanties que lui, par des produits agricoles de haute qualité. Nous allons voir dans ce qui suit comment l’homme a pu s’adapter au système et tirer profit d’un milieu hostile et comment il a pu mettre au point, petit à petit, des pratiques millénaires qui constituent de bonnes parades à la salinité de l’eau.

Un écosystème original

Chacun des oasis de la région de Gabès constitue un écosystème où tout est dédié à l’exploitation rationnelle et à la conservation de l’eau. On y pratique la culture à étages : la strate supérieure est constituée de palmier dattier, elle sert comme parasol et comme coupe vent aux autres arbres. La strate moyenne est constituée de différents arbres fruitiers. Ces arbres permettent de réguler l’humidité de l’air et d’apporter de l’ombre et la strate basse est composée de différentes plantes maraîchères et fourragères, cette strate contribue fortement à limiter l’évapotranspiration du sol. Le palmier dattier est considéré comme pilier de l’écosystème oasien. 45 variétés ont été inventoriées dans l’oasis de Gabès. En ce qui concerne les arbres fruitiers, la région de Gabès est connue par les grenadiers, elle est connue aussi par la culture du henné, c’est un arbuste qui fournit des feuilles utiles pour fabriquer une teinture qui sert à teindre les cheveux ou tatouer les mains. Au niveau des cultures maraichères et fourragères on note surtout la présence de la luzerne. C’est une plante qui affectionne particulièrement ce climat et supporte relativement bien le sel à tel point qu’on effectue quatre à cinq coupes par an …

Besoins en eau La palmeraie de Gabès est formée d’un ensemble de petits oasis (Oudref, Métouia, Ghannouch, Bou Chemma, Chenini, Teboulbou et Kettana). Elle compte environ 300 000 palmiers étalés sur 9500 hectares de surfaces irriguées.

La région comporte également une grande industrie chimique qui consomme beaucoup d’eau. L’agriculture utilise environ 85 % de l’eau, le reste est partagé entre l’eau potable et l’industrie.

Il est à noter que les habitants ont vécu depuis le début des temps avec une eau très chargée en sel. C’est une eau dure qui donne évidemment plusieurs maladies au niveau des reins et de la tension artérielle. Depuis la dernière décennie, l’eau potable est un mélange d’eau de forage brute et d’eau de forage osmosée.

Les ressources en eau

La région de Gabès est alimentée par trois sortes d’eaux souterraines :

- La nappe phréatique, qui est très peu importante, comme pour toutes les régions arides.

- La nappe côtière de Djeffara. C’est une nappe relativement peu profonde qui se situe entre 100 et 500m de profondeur. Cette nappe est le principal aquifère dans le gouvernorat de Gabès, elle s’étend de l’oued Akarit, au Nord, jusqu’à la frontière lybienne au Sud (où elle continue sous un autre nom), et des monts délimitant la plaine de l’Arath à l’Ouest, jusqu’à la Méditerranée à l’Est. Elle est en contact avec la nappe du Continental Intercalaire au niveau du seuil d’El Hamma, au nord ouest. L’eau qui en coule contient entre 3 et 4 g/L de sels.

La nappe de Djeffara n’est presque pas renouvelable, on estime que le temps de renouvellement est de l’ordre de 400 à 500 ans.

- La nappe profonde du Continental Intercalaire, elle couvre tout le sud Tunisien jusqu’à l’Algérie. La profondeur est de 1000 à 2000m. L’eau qui jaillit des sources et des forages est chaude (60°C et plus), elle est légèrement moins salée que l’eau de la nappe de Djeffara, les sels totaux se situent entre 1,5 et 3,5 g/L.

La nappe du continental intercalaire n’est pas renouvelable, la durée de renouvellement est de 10 000 à 20 000 ans.

Exploitation des ressources en eau

- l’ exploitation des nappes phréatiques :

Les agriculteurs creusent des puits peu profonds (2 à 50 m) après autorisation des services compétents. Cependant la réglementation n’est pas bien suivie. La surexploitation est manifeste et la qualité des eaux est médiocre. Les réserves d’eau sont peu importantes. La pluviométrie est faible, elle est irrégulière d’une année sur l’autre et au sein même de l’année. Sur une période de 120 ans (données disponibles depuis 1884) on peut relever une moyenne de 184 mm/an, avec un minimum de 36,4 mm observé sur l’année 1943/44 et un maximum de 522,1 mm observé en 1995/96.

On observe dans plusieurs endroits la formation d’une nappe artificielle qui résulte de l’accumulation de l’eau de l’irrigation entre 1 et 3m de profondeur. C’est une eau qu’on cherche essentiellement à évacuer en creusant des fossés de drainage afin de réguler la salinité.

- l’exploitation des nappes profondes :

A partir des années soixante, les sources qui alimentent l’oasis de Gabès sont touchées de façon importante par les prélèvements qui ont suivi l’installation des industries chimiques. Le débit a baissé de plus en plus rapidement, jusqu’à leur tarissement complet au début des années 1990. Des forages de 100 à 200m ont été alors effectués ; Ils pompent l’eau de la nappe de Djeffara. L’eau soutirée de cette nappe atteint maintenant un volume approximatif de 100 millions de m3 par an. La surexploitation est manifeste et on atteint un seuil dangereux, des infiltrations d’eau de mer risquent de se produire.

Comme les besoins de la région continuent à augmenter, on a eu recours à l’eau de la nappe du Continental Intercalaire, celle-ci est captée par des forages artésiens au niveau du seuil d’El Hamma. On amène maintenant à peu près 20 millions de m3 par an.

Un système d’irrigation adapté à la salinité de l’eau

La quantité d’eau utilisée en irrigation approche les 40 m3/jour/ha ce qui satisfait parfaitement les besoins des cultures même en période de forte demande. L’eau est exploitée par des associations d’intérêts Communs (AIC). Les parcelles sont irriguées par tour d’eau. On établit un calendrier d’arrosage qui affecte à chaque parcelle un temps d’irrigation déterminé. Ce temps tient compte du débit entrant et de la superficie de la parcelle. Le tour revient tous les quinze jours à un mois.

Ce mode d’irrigation permet de lutter contre la salinité de l’eau. Les surfaces irriguées sont divisées en « planches » ayant des inclinaisons bien étudiées afin que l’eau puisse s’écouler lentement sans emporter les semences. On inonde périodiquement les planches par une grande quantité d’eau plutôt que de faire plusieurs petits arrosages successifs qui auraient entrainé des évaporations totales de l’eau et des dépôts successifs de sel.

L’eau d’arrosage lave le sol et s’infiltre vers la nappe phréatique. Des tranchées, creusées dans l’oasis, recueillent cette eau et l’évacuent vers la mer. C’est la technique du drainage qui est pratiquée depuis les anciens temps.

Les problèmes posés par le drainage sont nombreux. Les terres les plus basses, où le drainage est difficile, finissent toujours par devenir impropres à toute culture. Il arrive aussi que le système perde son efficacité par manque d’entretien, ou alors suite à un disfonctionnement qui entraine la remontée des eaux de la nappe phréatique. Il arrive aussi que les drains disparaissent carrément en raison d’un morcellement des parcelles par un héritage ou par une transformation.

Un système fragile

La population augmente rapidement dans la région et les oasis sont soumis à un morcellement et à l’étalement des zones habitées. La préservation du système actuel est mise en cause. Cependant on peut dire que la prise de conscience est là et la bonne volonté est quasi générale, il faut maintenant de l’action et beaucoup de vigilance.