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Naxos, une initiative à effet démultiplicateur pour un codéveloppement durable

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par BERGER G., LEONIS Jean-Paul, Prélude International, THILL Georges

Dernière mise à jour : août 2000

Les îles grecques sont souvent confrontées à des problèmes de rareté de l’eau, alors même que les installations touristiques sont de grandes consommatrices de cette ressource. Sur l’île de Naxos, un projet alliant technique traditionnelle et expertise contemporaine a conduit à la mise en place de petits barrages qui, en assurant le maintien de l’agriculture, la restauration du milieu et un approvisionnement suffisant en eau pour tous les habitants et visiteurs, contribuent au développement humain global de l’île.

Manolis Glezos est maire d’Aperathos, village de 1 000 habitants situé à 600 mètres d’altitude dans les montagnes de Naxos (428 km2, 15 000 habitants), une île des Cyclades. Ce maire fascinant incarne aujourd’hui la réappropriation de son île par le fait qu’il est à la fois un résistant grec très connu (luttant notamment contre le fascisme et la dictature des colonels et ayant vécu une large partie de sa vie en prison et en exil) et développant une capacité de tribun, porteur de projet de transformation de l’île pour une auto-organisation de celle-ci, enfant du village et scientifique, Maire mais aussi député au double niveau national et européen.

Cette multi-appartenance et ses relations très étroites avec la population comme avec les milieux universitaires et politiques lui a donné la capacité de développer un projet de construction de petits barrages à Aperathos et d’ainsi à stimuler un développement humain et global sur le plan de l’ensemble de l’île de Naxos.

La vie de l’île était essentiellement tributaire du développement touristique le long de la côte, le centre se vidant de ressources humaines et naturelles, alors que des ressources potentielles pouvaient être envisagées, à condition de limiter l’érosion des sols et de redonner vigueur à l’agriculture et à toute une revalorisation de patrimoine naturel et culturel de l’île. L’idée dont il se faisait le porteur en récoltant des informations et les intuitions des indigènes mais aussi d’universitaires : des professeurs de géologie, d’hydro-géologie, de géographie et d’hydrolique rural de l’Université Nationale Technique d’Athènes comme de l’Université d’Athènes, ainsi que de l’Université agronomique d’Athènes, de l’Université de Patras et encore des Universités de Mayence et de Göttingen en Allemagne.

Le support scientifique de tout le projet de développement sera renforcé par l’établissement d’une station hydrologique et météorologique à Aperathos même en 1987.

Au regard de l’altération géo-morphologique, des difficultés d’extraire l’eau des zones aquifères, de disposer d’eau potable, de pouvoir sauvegarder les habitats aquatiques, l’eau constituait le point focal pour entreprendre un développement largement auto-géré et autonome de l’île. Grâce à la construction de petits barrages permettant de récolter et de garder l’eau de pluie et de ruissellement, il allait devenir possible de répondre aux besoins locaux en eau potable, en irrigation, pour régénérer les activités agricoles et touristiques locales, reforester les sites des montagnes et des collines et protéger les habitats aquatiques (éco-systèmes insulaires), de générer un potentiel électrique par l’exploitation du superflu de l’eau et d’étroites cascades.

Ce projet représente toute une innovation technique et sociale où les savoirs traditionnels des indigènes ont pu se combiner avec l’expertise scientifique des universitaires. Ceux qui connaissaient bien le terrain savaient comment l’irriguer pour redévelopper tout un maraîchage et une agriculture. Les universitaires connaissaient les matériaux et savaient comment les utiliser pour la confection des barrages. Qui plus est, ce sont les habitants de l’endroit qui guidaient les opérations, sous la houlette du maire, et les universitaires offraient leur expertise au service de la manifestation des besoins et des attentes locales en même temps qu’ils formaient des jeunes de l’endroit, sur le plan technique et professionnel, pour la maintenance des barrages comme pour les autres activités qui allaient en découler.

L’île aujourd’hui peut alimenter les hôtels et les restaurants de sa côte. Les aliments ne doivent plus être amenés du continent. L’île vit toute l’année et se redéveloppe pour permettre une certaine auto-suffisance alimentaire en même temps que les conditions d’eau potable et la protection et la promotion d’un environnement naturel et social où le vivre ensemble redevient le principe directeur de la gestion de la vie sociale. La démographie est à nouveau en hausse et toute une activité sociale, éducative, communicationnelle, agricole, environnementale (gestion des déchets), énergétique et des transports, touristique, est encouragée par des initiatives locales, à tel point qu’il est envisagé de relier Naxos et les autres îles de la Mer Egée en faisant participer l’Université d’Egée, l’Université Nationale technique d’Athènes et d’autres institutions universitaires dans des initiatives promotrices d’opportunité favorisant le bien-vivre matériel, économique, social et culturel.

Commentaire

Pour un codéveloppement durable, il est essentiel, aux yeux de PRELUDE, d’associer étroitement les savoirs, savoir-faire et faire savoir des personnes concernées à des projets de développement qui sont porteurs d’interdépendances multiples (continent-île, université et institution scientifique-autorité et organisation de citoyens), compétences multiples se renforçant par une mutuelle formation entre les gens de l’endroit et les spécialistes de laboratoires, qui apprennent l’un de l’autre, dans une confrontation avec des problèmes concrets de terrain et une programmation permettant le déploiement d’effets démultiplicateurs. Paradoxalement les îles, entourées d’eau, manquent d’eau, et c’est l’eau qui est à la source d’une recherche-formation-action-action citoyenne qui fait passer de la dépendance à l’initiative. C’est la mise en réseaux associatifs, par la vertu d’un leadership, qui constitue la meilleure médiation à cette capitalisation d’expérience et de savoir, comme à leur partage et à leur diffusion. Ce passage émergeait comme une des conclusions majeures de l’ensemble des travaux du congrès de Rhodes.

SOURCE
- Manolis Glezos, Maria Mandaraka, PRELUDE, Towards Sustainable Islands : Naxos Case Study, 2000 (France), numéro spécial hors série, p.397, Congrès "Développement insulaire durable et rôles de la recherche et de la formation", Rhodes, Grèce, 30 avril - 4 mai 1998, Séminaire international Tunis-Hammamet, mai 2000, Séminaire de Cotonou, octobre 2001

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1 Message

  • J’ai entendu parler de l’expérience de Noxos, il y a très longtemps, au cours d’une émission Télé faite à partir des enquêtes menées par le navire Noé. J’ai retenu que, à l’initiative de Manolis Glézos, des terrasses (vous parlez de barrages) avaient été construites avec l’objectif de retenir la terre et l’eau de pluie. Les mesures effectuées avaient permis de constater que : avant la construction de ces terrasses 80% de l’eau de pluie rejoignaient directement la mer ; après leur construction ce n’étaient plus que 30%. La part retenue par la végétation et par percolation était donc passée de 20 à 70%. Ces données sont elles exactes ? Avez vous des compléments sur les ouvrages construits dans le but de retenir l’eau de pluie et la terre ? Barrages ? Terrasses ? Autres ? Ces données sont des plus imporatntes pour convaincre les pouvoirs publics du littoral méditerranéen français de restaurer le terrasses construites au 18 et 19 ème siècle et que le déprise agricole voue à la destruction. Avec mes renerciements. René Benedetto.