Les actions citoyennes se multiplient contre l’exploitation des sables bitumeux au Canada

Relancée par la hausse du cours du pétrole, l’exploitation des sables bitumeux de la province d’Alberta au Canada entraîne une dramatique pollution des eaux et porte gravement atteinte à la forêt boréale et à l’environnement local, jusque là totalement préservé. Elle est dénoncée depuis longtemps par la société civile et les populations locales. Plusieurs actions ont été lancées ces dernières semaines au Royaume-Uni et en Amérique du Nord, qui ciblent principalement les grandes entreprises pétrolières actives et dans la région et les banques qui les financent.

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Les réserves de sables bitumeux de l’Alberta sont les plus importantes du monde avec celles du Venezuela, mais elles ont une importance particulière du fait de la proximité des Etats-Unis (conjuguée à la hausse des cours du pétrole et aux soucis géopolitiques de ce pays), dont la demande énergétique effrénée a encouragé l’exploitation à grande échelle de cette ressource, avec l’ouverture de nouvelles mines et l’agrandissement des mines existantes.

L’exploitation des sables bitumeux est dévastatrice du point de vue environnemental. Elle implique de détruire des hectares de forêt boréale, et le procédé de séparation du sable et du pétrole requiert l’utilisation de millions de litres d’eau, ce qui entraîne la destruction des écosystèmes locaux une première fois en raison de l’ampleur des extractions d’eau, et une seconde fois parce que l’eau est restituée totalement polluée. Les cancers et autres conséquences sanitaires sont en rapide augmentation dans les communautés locales. Les espèces animales et végétales sont lentement détruites : en 2008, par exemple, plusieurs milliers de canards sauvages sont décédés pour s’être posés sur les mares bitumeuses des exploitations.

Tout ceci explique que l’exploitation des sables bitumeux ait pu être appelée "le plus grand crime environnemental de l’histoire" dans un article resté mémorable de la presse britannique.

Le gouvernement canadien, dirigé conservateur et connu pour son peu d’intérêt pour l’environnement, laisse cette exploitation se développer dans une atmosphère de laxisme total. Mais les entreprises concernées sont tellement conscientes du problèmes qu’elles mettent déjà de côté de l’argent pour pouvoir faire face aux futurs procès qui leur seront intentés en raison de la pollution qu’elles ont causé ! (Voir ici, un article qui suggère aussi que les coûts de dépollution associés à l’exploitation des sables bitumeux sont tellement élevés qu’ils rendent cette exploitation non rentable sinon pour des méga-multinationales comme Shell.)

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La société civile cible les entreprises

Les actions de la société civile et des populations locales contre l’exploitation des sables bitumeux se sont multipliées depuis plusieurs années - par exemple encore dernièrement lors des Jeux olympiques d’hiver 2010.

Plusieurs actions ont été lancées ces dernières semaines qui visent plus particulièrement les entreprises pétrolières concernées ou les banques qui les financent, en les attaquant sous l’angle de leur responsabilité juridique et sociétale.

Des organisations écologistes canadiennes et états-uniennes ont lancé un recours devant l’une des instances de l’ALENA/NAFTA, l’accord de libre-commerce nord-américain, argumentant notamment que la permission de polluer accordée par le Canada aux multinationales pétrolières équivaut à une subvention implicite (lire ici et ici en français).

Les "premières nations" canadiennes impactées par l’exploitation des sables bitumeux ont également lancé une action juridique devant la Cour suprême du Canada.

Des ONG tentent de rallier les petits actionnaires de Shell pour voter une résolution demandant un réexamen de l’implication de l’entreprises dans l’exploitation des sables bitumeux (lire l’article du Guardian).

Une autre tentative du même type a eu lieu, sans succès, en ce qui concerne BP (voir ici).

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Au Royaume-Uni, les organisateurs du prochain "Climate Camp", qui soit se tenir en Ecosse en aout, ont annoncé qu’ils cibleraient plus particulièrement RBS (Royal Bank of Scotland) pour son implication dans l’exploitation des sables bitumeux. (Lire l’article du Guardian).

On notera enfin que des parlementaires européens se mobilisent pour que l’Union fasse pression sur le Canada sur cette question et maintienne en tout cas les barrières à l’importation de pétrole issu de l’Alberta.

Pendant ce temps, de nouveaux projets d’exploitation toujours plus menaçants continuent à voir le jour (voir par exemple ici).

Des projets d’exploitation des sables bitumeux sont en cours de développement dans l’Utah aux Etats-Unis (lire ici).

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