Eau et énergie : débats et controverses autour du développement des barrages en Afrique

Plusieurs publications sont venues rappeler ces dernières semaines l’importance des besoins énergétiques des pays africains, le potentiel hydroélectrique inexploité du continent, mais aussi tous les problèmes associés aux projets de grands barrages en Afrique comme ailleurs.

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Barrage Cahora Bassa, Zambèze, Mozambique
(photo Ryan Hoover, cc, by-nc-sa)

Le très orthodoxe magazine The Economist publie un article (en anglais) qui rappelle que les fleuves africains restent relativement épargnés par les barrages (en comparaison notamment des fleuves asiatiques, sans parler des fleuves européens), alors même que l’Afrique manque cruellement d’énergie, et que les nouveaux projets hydroélectriques se sont multipliés ces dernières années, grâce en particulier (mais pas uniquement) à des investissements chinois. L’article ne peut toutefois pas passer entièrement sous silence les problèmes et les polémiques que ces développement occasionnent.

Une autre complication provient de ce que la plupart des fleuves concernés par les projets de barrage sont transfrontaliers. Inter-Press Service (IPS), dans le cadre de sa série sur l’eau en Afrique australe (Southern Africa Water Wire vient d’ailleurs de publier un ensemble très intéressant d’articles sur la gestion transfrontalière des bassins versants, qui inclut un article sur la notion de "partage des bénéfices" liés aux barrages, qui revient notamment sur le cas du barrage de Manantali opéré de manière coopérative par le Mali, le Sénégal et la Mauritanie... et qui lui aussi pose certins problèmes environnementaux et sociaux.

L’Ethiopie en particulier s’est lancée dans la construction tous azimuts de nouveaux barrages, dont le très controversé Gibe III, avec l’intention déclarée de devenir un exportateur d’électricité pour toute la région. (Lire l’article à ce sujet du site chinadialogue.net). Voir aussi l’article ravageur de Khadija Sharife sur les projets de barrages éthiopiens et leurs conséquences sur la sécurité alimentaire de la région.

On notera que l’Ethiopie est l’un des quatre pays qui a décidé de passer outre l’opposition de l’Egypte et du Soudan, ainsi que d’une bonne partie de la communauté internationale, en signant unilatéralement un nouveau traité de partage des eaux du Nil (lire Nil : échec des négociations sur un nouveau traité ).

Sur le barrage Gibe III et la polémique qui l’entoure, lire sur ce site Kenya : le barrage éthiopien Gibe III menace le lac Turkana et les populations indigènes de la région et Campagne internationale contre le projet de barrage Gibe III en Ethiopie.

Un autre barrage cité dans l’article est le barrage de Merowe au Soudan, dont le site Pambazuka rappelle qu’il va faire l’objet d’une plainte internationale contre son constructeur en raison des problèmes qu’il a occasionnés pour les populations locales

Les barrages favorisent-ils vraiment l’accès à l’énergie ?

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barrage Inga, Congo
(photo International Rivers, cc, by-nc-sa)

Un argument couramment invoqué en faveur du développement des barrages en Afrique est que ces derniers permettraient un accès à une énergie peu coûteuse, au bénéfice des populations les plus pauvres et du développement.

Cet argument n’est pas totalement convaincant, comme le montrent les analyses publiés par l’ONG International Rivers (en anglais), qui montrent que les bénéfices (énergétiques ou autres) grands barrages africains tendent à aller exclusivement vers les multinationales ou les puissants acteurs locaux, tandis que les désavantages vont toujours aux riverains et aux plus pauvres.

Par ailleurs, les récentes périodes de sécheresse qu’a connu l’Est africain et notamment le Kenya ont montré les limites de la dépendance de ces pays envers l’énergie hydroélectrique. Lire à ce propos un récent article du New York Times. Les récents problèmes du Kenya dans ce domaine ont poussé ce pays à développer l’énergie géothermale, ce qui n’est pas non plus sans provoquer à son tour des problèmes sociaux et environnementaux.

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